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Le procès de Moscou d'Anna Politkovskaïa

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Deux ans après le triste assassinat de l'emblématique journaliste Anna Politkovskaïa, un simulacre de procès s'est ouvert le mois dernier afin de juger les « assistants » du meurtre. Depuis, les audiences piétienent.
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La journaliste Anna Politkovskaïa, à droite, a payé de sa vie son combat pour la liberté d'expression (crédit photo: Flickr)
Le grand procès se déroule à Moscou. Trois prévenus au box des accusés. Le juge Zoubov, entouré de 20 jurés, mène les séances. Tout paraît réuni pour que justice soit rendue. Pourtant ce procès est une mascarade. Il est censé résoudre le mystère du meurtre d'Anna Politkovskaïa. Assassinée le 7 octobre 2006 -jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine, l'actuel premier ministre alors président- cette journaliste russe avait payé de sa vie son opposition frontale à la politique du Kremlin, notamment en Tchétchénie.

Un faux procès nourri de rebondissements

Le procès prenait déjà un air parodique lorsque l'on savait que les trois accusés n'étaient que des « second couteaux » - les vrais commanditaires du meurtre courent toujours- . Mais depuis son ouverture, le 17 novembre, la procédure s'est transformée en véritable série B alimentée par de multiples coups de théâtre. 
Premier coup d'éclat le 19 novembre, Evgueni  Zoubov annonce un  huit clos, alors que le procès devait être public. Le 20 novembre nouveau rebond, un juré avoue que 18 de ses pairs ont refusé ce huit clos et crient au mensonge.
 Sur fond de tensions, le juge Zoubov annonce l'ajournement du procès jusqu'au premier décembre. L'intrigue reprend le 25 novembre, le procureur réclame la révocation d'Evgueni Zoubov pour prononciation illégale d'un huit clos et entend rétablir un procès public. Enfin, pour donner du piment à tous ces épisodes, on apprend que le commanditaire du crime serait un homme politique russe non identifié, le parquet avait pourtant affirmé que l'assassinat avait été organisé depuis l'étranger. Depuis cette date, les audiences piétinent et ne font guère la une des médias. Un procès oublié, contradictoire avec l'ampleur du crime jugé. Le cynisme de cette affaire semble être sans limites pour la famille Politkovskaïa.

Un combat symbolique

 Anna Politkovkaïa se contentait de« témoigner de l'instant présent et décrire ce qu'{elle] voit », avec toujours cette volonté d'informer les populations. Volonté qui s'est finalement transformée en lutte, dans un système démocratique encore corrompu. Selon le Comité de protection des journalistes, la Russie serait le troisième pays le plus meurtrier pour les reporters, 49 journalistes y auraient trouvé la mort depuis 1992. Ce procès illustre finalement la bataille de toute la presse russe. Au banc des accusés : la censure. L'enjeu : la liberté d'expression.

 

 
Commentaires (1)
1 Jeudi, 18 Décembre 2008 22:09
merci pour ce précieux article. il en faudrait plus souvent, des vrais papiers de fond. un style percutant et pertinent, du grand journalisme. chapeau madame!

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