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Je suis rentré à La Montagne à l’été 1979. J’ai débuté dans une agence à Nevers. J’ai toujours travaillé dans ce journal et j’ai fait beaucoup de choses différentes, je n’ai jamais eu le temps de m’ennuyer et donc pas eu envie d’aller voir ailleurs. En ce moment je suis à Clermont Ferrand. J’assure le secrétariat général de la rédaction.
Comment définiriez-vous votre métier ?
Je suis secrétaire général de rédaction. Cette fonction, au sein du journal me plaît beaucoup. C’est une sorte de « pacificateur ». Je suis immergé dans la vie du journal, mon rôle est de connaître ce qu’est la vie au sein de la rédaction et de régler un certains nombre de problèmes, notamment avec la DRH. C’est même plus que médiateur puisqu’on met les mains dans le cambouis. Mais on ne doit jamais oublier qu’on est un journaliste, donc j’essaye de me ménager un peu de temps d’écriture.
Que pensez-vous de l’apparition des gratuits justement dans la presse écrite ?
Tout d’abord je ne crois pas à la stratégie de fidélisation des jeunes lecteurs par les gratuits. Les jeunes (15-24 ans ndlr) lisent les gratuits, mais n’est-ce pas pour des raisons essentiellement économiques ? Quand on leur donne un journal, opération que l’on a déjà en place dans des universités, on se rend compte que les jeunes le lisent, il n’y en a même pas assez ! Je pense qu’ils préfèrent ces journaux (payants, ndlr).
Justement, la Montagne ne souffre pas de la concurrence des gratuits, on peut y voir là une bonne opportunité pour vous de séduire les jeunes lecteurs, parvenez-vous à les fidéliser ?
C’est vrai que nous n’avons pas de concurrence directe, nous sommes dans une zone « sanctuaire ». Le problème du lectorat jeune est très difficile à gérer. C’est vrai que ceux-ci n’ont plus, comme les anciennes générations, un journal qui traîne le matin sur la table de la cuisine, le support papier ne fait plus trop partie de leur univers. On a donc essayé de toucher les jeunes mais surtout en amont, en allant dans les écoles en rencontrant les professeurs des écoles. C’est un vrai travail de romain.
Le problème ne vient alors pas de la notion de valeur de l’information ?
C’est sûr, mais je pars encore du principe que l’information doit être payante, lorsqu’on donne une chose c’est évident qu’elle est dévaluée. Je ne sais pas si les gratuits vont durer, mais au regard de la crise actuelle, on constate que ce sont eux qui pâtissent le plus car ils ne vivent que de la publicité et en ce moment, les annonceurs sont fébriles. Nous aussi, la presse payante, nous allons être touchés, mais heureusement, nous ne tirons pas essentiellement nos revenus que de la pub, qui représente 40% de notre chiffre d’affaire.
Vous avez, en 2004, imposé des changements drastiques dans la fabrication du journal, pourquoi avoir choisi de changer de maquette ?
Nous avons beau ne pas souffrir de la concurrence, ce n’est pas pour autant que l’on ne doit pas s’adapter à l’ère du temps. La nouvelle formule élaborée en 2004 a été un tournant fondamental dans la vie de La Montagne. C’était une tâche très intéressante, nous étions une équipe peu motivée au départ mais qui a fini par se prendre au jeu et au final ce travail a été passionnant. Repenser la logique rédactionnelle était essentiel. Les journaux sont pris dans un mouvement à l’heure actuelle, il faut s’accommoder de tous ces changements, sinon, on est morts !
Avez-vous déjà cru au mythe de la disparition de la presse écrite à terme?
Non. Je m’explique. En 1981, lorsque Mitterrand a décidé de libéraliser les radios, cela a été une révolution. Auparavant, on n’écoutait seulement ce qu’on nous imposait, alors qu’après cette loi, de nombreuses radios fleurissait et les émissions avec. Les gens nous disaient « Vous, la presse écrite, vous êtes morts car les radios commencent à faire de l’info ». Je ne me suis à l’époque pas dit que c’était la fin de la presse écrite, mais que dorénavant, on allait devoir développer des « complémentarités », pas encore le « cross média » actuel mais un début. Aujourd’hui ce sont des liens qui nous semblent naturels. Par exemple Le Grand jury RTL-Le Figaro-LCI est une bonne illustration de ces complémentarités, médias papier, télé, radio, presse…on fait ensemble une émission à partir d’un même acte. Aujourd’hui, on se retrouve dans une situation similaire, on nous dit « la presse écrite va mourir », mais paradoxalement, c’est peut-être, à mon sens, la télévision qui va le plus pâtir de l’expansion du web. Je ne pense pas seulement aux télévisions locales, on en voit beaucoup qui souffrent à l’heure actuelle (TLT par exemple NDLR), mais je songe aussi à TF1, M6 qui sont en baisse constante. Sur Internet désormais on trouve énormément.
En quelques mots, quelles sont les qualités déterminantes d’une bonne presse régionale ?
Il s’agit d’une presse qui répond sans concessions aux gallons de la profession : la vérification et la recherche de l’information. Ces critères sont un socle, des règles auxquelles il ne faut jamais transiger. La « petit locale » - je n’aime pas ce terme- doit s’imposer la même rigueur que les journaux nationaux. Ce qui est passionnant en presse régionale, c’est qu’on a cette info locale mais aussi des dossiers, des reportages, des correspondants à l’étranger. J’ai moi-même suivi des unités de combat au Kosovo ou en Côte-d’Ivoire pour La Montagne ! (sourire). Pour moi un bon journal de PQR c’est un canard qui sait trouver l’équilibre entre information de proximité et information nationale. Le lecteur doit trouver tout ce qu’il cherche.
Pensez-vous qu’à l’heure actuelle la profession de journaliste soit plus difficile, surtout plus bouchée qu’il y a quelques décennies ?
A mon époque, (en 1979 ndlr) nous avons été la première génération à connaître le chômage. On me disait déjà que le journalisme était incertain. L’avenir n’était pas forcément optimiste, alors je suis parti du principe que tout était en quelque sorte bouché. Aujourd’hui, les jeunes journalistes sont peut-être dans une situation moins complexe car malgré le chômage il y a de plus en plus de médias. Pour moi le nombre de médias est un paradoxe vivant, permanant et fascinant. Toutefois, il faudra toujours se dire que cette profession est instable. Mais cette instabilité nous pousse à bouger, et c’est beaucoup plus excitant.
Envisagez-vous des changements dans votre carrière professionnelle ?
Pour l’instant, je suis bien dans le groupe auquel j’appartiens, nous sommes en train de vivre des choses passionnantes, nous sommes sur le point de consolider un groupe « grand centre », je n’envisage pas d’aller voir ailleurs !






Bravo pour tes réalisations et ta progression au sein de "La Montagne"
Je ne trouve plus ton adresse mail, peux-tu me la donner s'il te plait car je souhaiterais te faire suivre le CV du fils d'un ami qui était en classe à St CYR avec nous...en plus je vois que tu t'occupes de la DRH et de former des jeunes ...la boucle est bouclée depuis 1979 où tu es entré à l'agence de Nevers !
J'espère que toute ta petite famille est en forme
A bientôt pour des news
Catou