Simon Abkarian au Théâtre national de Toulouse. (Photo Victor Matet)
Ses origines et son éducation ont forgé en lui un certain sens de l’engagement. Pour le comédien, le cinéma ou le théâtre ne sont pas des finalités en elles-mêmes. « C’est le moyen le moins con que j’ai trouvé pour m’exprimer. L’art du jeu m’a donné de la distance et du recul pour juger les choses. C’est un angle intéressant sur le monde. »
Le choix de ses rôles s’en ressent. De Ararat, le film d’Atom Egoyan sur le génocide arménien, à J’ai vu tuer Ben Barka, dans lequel il incarne le célèbre opposant marocain, en passant par Aram, de Robert Kéchichian, où il est un militant de la cause arménienne, Abkarian aime privilégier les histoires fortes qui traitent de « justice, d’injustice, d’égalité, de lutte entre les faibles et les forts ».
Des tragédies grecques à James Bond
Au théâtre aussi, il s’engage. En 2001, il obtient le Molière du meilleur comédien pour son rôle de survivant du génocide arménien dans Une Bête sur la lune, de Richard Kalinoski.
C’est d’ailleurs sur les planches qu’il fait ses premières armes. Après son enfance libanaise, il s’installe avec sa famille à Los Angeles. Il intègre une compagnie arménienne, avant de rencontrer les membres du Théâtre du Soleil, d’Ariane Mnouchkine, venus pour un Festival. À 23 ans, il rentre en France et retrouve la troupe avec laquelle il joue pendant deux ans. Il enchaîne les tragédies grecques : Les Euménides d’Eschyle, L’Histoire terrible mais inachevée, de Hélène Cixous. Des rôles qui le marquent sur le plan physique. « Je jouais sept pièces par semaine, pendant deux ans. C’était véritablement usant. Eschyle, c’est pas du Racine, ça finit toujours dans le sang. »
Mais il a également joué dans de nombreuses comédies. C’est avec bonheur qu’il y retourne aujourd’hui, avec Le Menteur, pièce italienne écrite au XVIIIe siècle par Carlo Goldoni. Sur les planches du Théâtre national de Toulouse, il incarne Lelio Bisognosi, jeune Napolitain virevoltant qui joue avec les mots et ment comme il respire. S’il « prend vraiment son pied dans la peau de ce personnage », Abkarian ne compte pas jouer uniquement des rôles comiques. « Je n’ai pas de plan de carrière. Je n’ai que des plans de rencontre, des gens avec qui j’aimerais travailler. » Parmi eux, Tony Gatlif, Emir Kusturica ou encore Cédric Klapisch, qui l’a fait débuter au cinéma en 1989 dans Ce qui me meut et avec qui il a tourné à plusieurs reprises.
Et puis il y a le cinéma américain. « Pourquoi pas David Lynch ou Coppola ? » Le rêve semble permis depuis qu’il a tourné dans Casino Royale, le premier James Bond avec Daniel Craig, « un mec super ». Une expérience qu’a adorée l’acteur français, « même si on rigole moins que sur les tournages français. Là-bas, c’est du sérieux ».
Simon Abkarian enchaîne les projets. Il sera à l’affiche de cinq films l’année prochaine et au théâtre de Bobigny en mars. Même ses temps de loisir sont consacrés à l’écriture. Il réfléchit à des idées de scénario, « j’aimerais bien passer à la réalisation », confie-t-il. Il a déjà écrit et mis en scène plusieurs pièces et quelques spectacles musicaux. Il a travaillé notamment avec le groupe de musique traditionnelle Bratsch, qui mélange sonorités tziganes et arméniennes. « La musique, c’est fondamental pour moi, c’est une grande source d’inspiration. » Surtout des musiques du monde, arménienne, japonaise, indienne, mais pas de variétés : « Je déteste. »
À Paris, chez lui, il laisse parfois de côté les nourritures spirituelles pour se mettre derrière les fourneaux. « J’aime bien utiliser des ingrédients occidentaux et orientaux et faire mes mélanges franco-arméno-libanais. »
Repères :
1989 : débuts au cinéma
2001 : Molière du meilleur comédien
2006 : Casino Royale (James Bond)
Novembre 2008 : Le Menteur, au Théâtre national de Toulouse





