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Henri Guichard: Le « baron » des circassiens

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Nous avons appris le décès d'Henri Guichard d'une crise cardiaque, le 10 janvier. La rédaction d'Actutoulouse.fr présente à ses proches ses plus sincères condoléances.
 
Henri Guichard est le fondateur du centre des Arts du Cirque de Toulouse (Lido). Avant de prendre sa retraite, il vient de co-écrire un ouvrage retraçant les 20 ans de l'école. Retour sur le parcours d'un baroudeur de la culture.

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Henri Guichard, fondateur du centre des Arts du Cirque de Toulouse (Photo Pierrick Bonno)
C'est de noir vêtu, écharpe blanche autour du cou, qu'Henri Guichard arrive sous le chapiteau du Lido. « Je crois que je suis en retard, désolé. Quelle heure est-il ? ». Pas de montre, pas de téléphone portable. Il prend son temps. Mais ne le compte pas. En vingt ans, ce sexagénaire à la carrure imposante est parvenu à créer une école des Arts du Cirque de renommée internationale, à Toulouse.

Derrière ses lunettes, on lit les cernes d'une nuit passée à débriefer les « essais » de ses étudiants, ces répétitions publiques où les circassiens du Lido explorent des pistes artistiques. « Ils y ont mis toutes leurs tripes mais je suis inquiet pour eux », confie celui que tout le monde surnomme le « Papa du Lido ».

Dans les locaux administratifs de l'école, où il officie toujours à mi-temps, il caresse les pages de son premier ouvrage (1), retraçant les 20 ans de l'histoire de l'école. Son histoire. « Je n'ai pas pu m'empêcher de le relire plusieurs fois, l'éditeur m'a dit que c'était normal », se justifie-t-il avec pudeur.

Le « père artistique »

Henri Guichard parle de lui avec peu d'aisance mais sans retenue. « Le cirque, ça ne m'intéresse pas », lance, un brin ironique, celui qui a dirigé pendant dix-sept ans l'école de cirque qu'il a fondé, avant de passer progressivement la main, en 2005. Il ajoute, mystérieux :« Je suis assez primaire. Ce qui m'intéresse, c'est vivre le présent, vivre les choses à fond».

Pour comprendre ce qui motive ce grand sportif, il faut remonter loin dans son passé. En 1968, à 20 ans, Henri décroche un CAP agricole. Mais il s'inscrit aux Beaux-Arts de Valence. « J'essayais désespérément de peindre », confie-t-il. Il créera finalement une compagnie de danse : « A cet âge là, on s'intéresse à tout. Mais j'étais dyslexique, alors ce qui me touchait, ce n'était pas la littérature mais tout ce qui était lié au corps », poursuit-il.

Après son service militaire, il découvre la pédagogie dans un lycée technique où il est embauché comme vulgarisateur agricole. L'expérience sera de courte durée.« Au bout de trois mois, je me suis fait viré. Je n'étais pas assez académique, j'allais en boîte avec les étudiants. Alors ça n'a pas plu. »

Sa proximité avec les élèves est pourtant devenue un atout quelques décennies plus tard. « C'est Monsieur Henri, un  père artistique de la maison », reconnaît Heloïse, élève en deuxième année au Lido. « Mais il est franc et direct, ça peut faire mal des fois », ajoute un autre élève.

A 23 ans, Henri Guichard devient animateur socio-culturel à Toulouse. Après un passage par l'anarcho-syndicalisme, il est nommé gestionnaire du secteur centre-ville. « Mais cette culture bourgeoise m'agaçait », se souvient-il. Alors il se débat et co-organise à partir de 1984 « Scène de rue », un festival de théâtre de rue, plus populaire.

« J'ai rien dit à mes supérieurs »

L'homme découvre alors le cirque espagnol et italien et est muté dans le secteur sud-est, là où se situe l'ancien cinéma « Lido ». Progressivement, l'idée d'une structure d'enseignement des Arts du Cirque émerge. En 1988, son projet d'école est accepté par la municipalité. « Des ateliers de cirque existaient déjà au Lido depuis un moment, mais j'ai toujours triché, je n'ai rien dit à mes supérieurs. J'étais déjà un peu un baron ici. Alors puisque je ne faisais pas de faute, on me laissait faire. »

Persévérant, Henri s'est également battu pour obtenir la construction des nouvelles installations ultramodernes du Lido, inaugurées au printemps dernier. « Le ministre [de la culture] nous a dit : " si les communautés locales ne font pas un geste fort, on ne suit pas ". Alors pendant un an, j'attendais le maire à la sortie de chaque inauguration pour me faire connaître».

Sa force de persuasion, il dit la puiser chez les jeunes qui l'entourent. « Je n'y serais jamais arrivé sans eux, dit-il, catégorique. Rien n'est difficile quand tu vois cette jeunesse créatrice.»

Dans trois ans, Henry Guichard devra pourtant quitter les feux de la rampe. Son avenir sans le Lido, il ne l'envisage pas encore. « Mais ça ne m'angoisse pas, assure-t-il. Je ferai autre chose. Je vais peut-être passer mon permis moto et prendre le large. » Mais avant, il a encore un projet pour le Lido: « que l'école soit reconnue en tant que formation universitaire ».

En 2005, il a passé le relais de la direction de « son » Lido. Mais il est toujours chez lui. Et veille au grain. Alors avant de partir, il jette un dernier regard sous le chapiteau. « Tiens, il n'y a pas d'animateur », s'inquiète-il en voyant des jeunes s'entraîner seuls. Rapidement rassuré, Henri Guichard repart comme il est arrivé, discrètement.

(1)Essais de cirque, « Le Lido, centre des Arts du Cirque de Toulouse », éditions Privat, Toulouse, juillet 2008. Prix de vente : 17€

 

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