Cécile Ntoutoume est une femme occupée. Moins d'1m60, l'air adolescent, elle ne paie pas de mine, Cécile. A 40 ans -dont vingt passés en France-, cette Gabonaise de Libreville est pourtant présidente de la Maison du Gabon à Toulouse.
Cécile Ntoutoume. Photo Céline Lebreton
Une famille engagée
Cécile Ntoutoume appartient à la « génération Bongo » qui n'a connu que ce président à la tête du Gabon. Son père est un ancien opposant politique au premier président de la république gabonaise, Léon M'Ba, le propre grand-oncle de Cécile. Pour avoir attaqué frontalement le gouvernement, ce père engagé a fait de nombreux séjours en prison. À l'époque, la jeune fille lui en veut de faire passer ses idées avant sa famille. « Il avait le verbe dur, ce n'était pas un tendre, même avec nous ». Mais avec le recul, elle veut bien admettre « qu'il n'avait peut-être pas tort». A 19 ans, la jeune femme part étudier à Toulouse, car il existe peu de structures après le lycée au Gabon. C'est en France qu'elle dit avoir grandi en découvrant la démocratie, la liberté d'expression : « Dire les choses durement, crûment, sans être taxé d'opposant, c'est vraiment agréable». Pour elle, Omar Bongo a failli dans sa mission de président : censure, lourdeur extrême de l'administration et surtout corruption à tous les étages. Pourtant, Cécile Ntoutoume refuse d'affronter le gouvernement. Elle préfère agir auprès des siens en France, s'y sentant plus utile.
Le collectif avant tout
Malgré ses engagements, Cécile dit ne pas aimer la politique. Ce qui l'intéresse, « c'est l'être humain et l'intérêt collectif ». La présidente de la Maison du Gabon n'a pourtant pas toujours été aussi altruiste. Mais son chemin a croisé celui de Françoise de Veyrinas, adjointe à l'ancien maire UMP de Toulouse. A l’évocation du nom de cette femme aujourd'hui disparue, son émotion se fait sentir. Il y a environ dix ans, Françoise de Veyrinas s'était opposée à un projet de centre d'accueil au Mirail et Cécile l'avait fortement critiquée. La Gabonaise admet aujourd'hui avoir eu tort : « le centre d'accueil s'est finalement construit, mais on ne l'a pas utilisé. Nous avons donc gaspillé de l'argent public ». Ses yeux s’embuent : «C'était une femme extraordinaire, dit-elle. Elle n'a pas regardé ma couleur de peau ou mon statut social. C'est grâce à elle que j'ai compris ce qu'était l'intérêt collectif ». Un collectif pour lequel elle veut agir encore plus. Son prochain défi : ouvrir une Maison du Gabon à Libreville en 2010, pour sensibiliser les Gabonais aux difficultés de l'émigration. Cette nouvelle structure portera le nom de Françoise de Veyrinas. Un bel hommage de la part d'une femme à la fois simple et engagée.





