Depuis moins d'un quart d'heure, quatre-vingt personnes, dont beaucoup d'étudiants, sont rassemblés, silencieusement, pour protester contre l'attentat de la synagogue de la rue Rembrandt, à Toulouse, le 5 janvier. « Vivre ensemble », peut-on lire sur une pancarte colorée. Mais tout le monde n'est, semble-t-il, pas le bienvenu.
Pour calmer le jeu, des représentants du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) et de la Licra (Ligue nationale contre le racisme et l'antisémitisme) dont Gérard Folus, vice-président national, prennent le micro, un à un, pour dénoncer « l'importation d'un conflit qui n'est pas le nôtre », et l'importance de la lutte contre l'antisémitisme.
Une rupture entre deux communautés
« On n'est pas là pour parler du conflit à Gaza », rappellent les manifestants. Mais dans toutes les bouches, on évoque les dérives de la manifestation de la veille, organisée en soutien au peuple palestinien. « Ecrire sur des pancartes « Mort aux juifs », c'est de la haine raciale », déplore Salomon Attia, le représentant du Crif, cravate au cou. « Mazel Tov », reprennent les manifestants.
Quelques kippas font leur apparition. « Mais ce n'est pas une manifestation réservée aux juifs, assure Aïcha, qui prend ostensiblement par la main deux étudiants d'origine rwandaise qui passent par là, « par curiosité ». Nous avons invité tout le monde à venir ici mais ils ne sont pas venus. Ce sont des lâches. Je suis déçue.»
« C'est aujourd'hui la manifestation républicaine, pas hier. Nous voulons l'union pour la paix, la démocratie », poursuit le représentant du Crif. Rapidement pourtant, certaines voix dénoncent les actes commis par « une minorité à éjecter ». Comme Gérard, un retraité qui fréquente la synagogue visée par l'attentat. « Il faut mettre la communauté musulmane devant ses responsabilités et faire du ménage chez nous », lance-t-il.
« Il y a une rupture entre nos deux communautés », admet-il, alors que la Marseillaise est entonnée. « Allez, c'est bon, il faut partir maintenant », ordonne quelques minutes plus tard Salomon Attia. Partir, avant que le message de coexistence soit davantage brouillé.





