Le Palais de justice de Toulouse
Fouille à l'entrée, silence obstiné, propreté monastique. Lieu peu familier, où l'on passe sans s'attarder.
La salle d'audience éblouit par son éclairage artificiel. Le public se serre sur les bancs de bois. C'est « complet » pour le spectacle de la justice. Ce qui surprend d'entrée : la mixité de ce public. Une classe de collégiens dissipés, des personnes âgées en quête de divertissement, des journalistes armés de calepins. Seules trois personnes au premier rang, l'air angoissé et impatient, paraissent être proches de l'accusé. Au fond la salle lumineuse, trônent trois magistrats en hauteur, derrière leur pupitre, c’est là toute la distance entre eux et ce public « touriste ». Leur grande robe d'une autre époque, inspirent aussi le respect. Ils décideront du sort du jeune détenu. Le président est entre ses assesseurs. Un grand homme, élégant, cheveux poivre-sel Il domine, il mène l’audience. Un silence obséquieux s'impose lorsque ce dernier annonce l'entrée de l'accusé, M. B.
Les regards se croisent, l'auditoire curieux appréhende l'arrivée de l'acteur principal de cette mise en scène. M. B, 26 ans, surgit du fond à droite par une petite porte. Il est menotté et placé dans le box par deux policiers. Le jeune détenu semble déstabilisé, dévisagé telle une bête de foire. Il tente de conserver un semblant de dignité. M. B écoute, sans broncher, le récit de sa sombre vie en quelques phrases. « Conduites en état d'ivresse à trois reprises, agressions diverses ». Le résultat : un an de prison, en 2008, avant d'être libéré sous condition de port d'un bracelet électronique. «Mais vous avez enfreint la loi, en décembre dernier, vous avez brisé votre bracelet » pointe le Président. Dans un accès de rage, M. B avait pris la fuite pour retrouver sa fille, emmenée à des kilomètres de Toulouse par son ex-femme.
Un ange passe. Un jeune avocat prend la relève, se plante devant les maîtres, débute un long plaidoyer en faveur de M. B. « Homme courageux, détruit par l'alcool, poussé par sa colère ». Le discours s'éternise. Un policier, assis à l'entrée, somnole. Les collégiens chuchotent. Un vieil homme baille. Le spectacle devient ennuyeux. Enfin, l'apologie prend fin. L'avocate de la partie civile vitupère contre l'accusé « irresponsable», elle réclame 8 mois de prison. M. B demeure impassible. Les juges se lèvent. L'auditoire fait de même. Le tribunal se retire pour délibérer. Dans la salle, les langues se délient. « Stupide individu » peste une vieille dame. « Les juges vont annoncer « Au Nom de la loi, je vous arrête, comme dans les films », s'excite un collégien.
Une sonnerie, coupe court aux commérages, annonçant le retour des juges. Le président prend alors un air moralisateur et s'adresse à M. B. Cancre face à son professeur, il écoute le verdict. « Quatre mois ferme » tranche la cour. A ce jugement, l'accusé se décrispe, comme soulagé. Les commentaires fusent : « inadmissible », « légitime », « scandaleux ».
Pourquoi cette fascination de tant d'inconnus. L'envie d'un spectacle de justice? Comprendre comment fonctionne une audience? Observer cyniquement le jugement d'un homme vulnérable? Peut être, tout simplement, une tranche de la comédie humaine.





