Edwy Plenel, entouré de journalistes de l'AJT, à Toulouse
Crise indéniable
La presse va mal, c’est devenu un marronnier. Les causes sont célèbres. Apparition de la presse gratuite, explosion d’Internet, développement de blogs et de « médias-citoyens »… Les journalistes ont raison d’avoir peur. Le nombre de titres de presse écrite a chuté ces vingt dernières années, mais ce n’est pas une exception française.
Il y a toutefois une exception dans l’hexagone. La presse française est affectée par un capitalisme d’influence (avec les groupes industriels). En manque criant de financement, de nombreux journaux ont été contraints de se ranger sous l’égide des Lagardère, LVMH, Bouygues…De célèbres groupes industriels n’ayant souvent rien à voir avec la sphère médiatique. Le résultat selon certains: un manque de pluralisme et une perte de confiance des lecteurs quant au contenu impartial des médias.
Le capitalisme de connivence (avec l’Etat) est également une tare pour la presse. Les subventions étatiques sont de plus en plus importantes pour la survie des médias. Un doute sur l’objectivité de la presse en matière politique met en alerte.
Les Etats généraux ou la relance « Sarkozienne »
Grand jour pour la presse française que ce 2 octobre 2008. C’est là que débutent les symboliques Etats généraux de la presse. Nécessaires car la situation est urgente, il faut agir. Mais le fait que ces Etats soient lancés par notre président en annonce leur couleur, comme le confirme M. Plenel. Ils sont dirigés par Emmanuelle Mignon, sous l’égide du ministère de la culture et de la communication. L’Etat entend intervenir. La liste des contestataires est longue. Forum des journalistes, le collectif « ça presse », l’union des clubs de la presse de France, Médiapart, RSF…Un front se forme rapidement afin de dénoncer la procédure. Autre déception, les lecteurs, le public, ne sont pas conviés aux Etats généraux. « Comment alors débattre sans que toutes les parties soient représentées ? » interroge Edwy Plenel.
Livre vert, entre espoirs et désillusions
Les Etats généraux de la presse ont survécu aux résistances. Quatre pôles de débat ont mené les reines. Pôle « industriel », dirigé par Arnaud de Puyfontaine. Pôle « Internet », piloté par Bruno Patino. Pôle « métier du journalisme », conduit par Bruno Frappat. Pôle « presse et société », mené par François Dufour. Ce florilège d’hommes des médias, accompagnés de 150 participants au débat, ont rédigé ensemble un Livre vert de la presse écrite.
Les propositions du Livre Vert, destinées à sauver la presse écrite, formentent la polémique. Certains laudateurs y voient de belles aspirations pour le journalisme. Des détracteurs persistent à contester l’ingérence gouvernementale dans ce Livre Vert.
Pourtant, il faut l’avouer, ce Livre Vert répertorie des propositions ambitieuses, gorgées d’espoir. Un nouveau statut pour les journalistes en ligne par exemple, avec une baisse de la TVA pour les sites d’actualité sur le net (2,1% comme la TVA de la presse papier au lieu de 19,6% à l’heure actuelle). Une valorisation du lectorat jeune. Une adaptation aux nouvelles exigences des lecteurs. Un nouvel environnement pour les journalistes. ..La liste est longue. Fin janvier, on saura si M. Sarkozy se plie à l’ensemble de ces 90 propositions.
Incertitudes
Certes la presse a besoin de l’Etat en ces temps de crise, mais elle doit savoir garder « contact et distance »* et rester le « chien de la démocratie ». Les Etats généraux du quatrième pouvoir: menace pour l’indépendance médiatique ou vecteur d'une nouvelle ère prospère du journalisme ?
Quelles perspectives pour le journalisme. Des journalistes travaillant sans journaux papier ? Des journalistes multifonctions, flexibles en radio-Internet-télévision-papier ? Des journaux sans journalistes ? L’avenir nous le dira. En attendant, le monde des médias s’enfonce dans la crise. Urgence, ça presse.
*Citation du journaliste Hubert Beuve Méry





