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Les sans-papiers toulousains sur le devant de la scène

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Vendredi 16 janvier, le Bijou, salle de spectacle de l'avenue de Muret affiche salle comble. Soirée singulière dans ce bar réputé pour son engagement militant. Réseau Education Sans Frontières a choisi le lieu pour sa cérémonie de parrainage des familles sans-papiers.

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Exaucé se joue des photographes. Derrière lui, un de ses parrains: François Fehner, comédien et metteur en scène : "Notre rôle est d'utiliser notre notoriété pour médiatiser et alerter le public en cas de problème !" (Photo : Yann Foreix)
Yassine, Prisca, Arpine ou Nurhak : ils n'ont que quelques mois, quelques années. Ce vendredi 16 janvier, leurs rires et leurs pleurs résonnent dans la salle de spectacle du Bijou de l'avenue Muret. Pour ces enfants, la soirée est peut-être un peu longue. Ils sont pourtant l'objet de toutes les attentions : leurs parents, sans-papiers, sont menacés d'expulsion. Exaucé, du haut de ses 3 ans et demi, fait son plus beau sourire aux photographes. Il s'assure lui-même du cadrage des photos. L'enfant comprend bien que ce soir, c'est lui la star. Sa maman est plus timide. Résidente sans-papiers à Toulouse depuis 2002, sans travail, elle risque à tout moment le renvoi dans son pays.
Réseau Education Sans Frontières organise ses soirées dans la discrétion. Aujourd'hui, il s'agit du parrainage de six familles et trois jeunes adultes sans-papiers. Une agitation inhabituelle règne au Bijou. « Il manque encore du monde ! », lance Cathy Garnier de RESF Haute-Garonne en coup de vent. Elle est débordée. La cérémonie doit débuter d'une minute à l'autre.
Les familles discutent autour d'un verre comme dans n'importe quel bar... Le brouhaha est plutôt chaleureux. Pourtant, à mieux regarder, les visages sont graves. Cinq ans de prison, telle est la peine encourue pour ceux qui aident les sans-papiers. Alors les voix se font plutôt basses, les regards imperceptiblement méfiants. Cathy Garnier prévient : « Attention aux photos ! » Dans un coin, une jeune Congolaise. Ses deux parents ont été tués pendant la guerre. Elle fuit la discussion. Jean-Philippe, un de ses anciens professeurs, évoque sa situation à sa place : « La prolongation de son titre de séjour vient de lui être refusé par le préfet, une situation scandaleuse ! »

« Je la cacherai s'il le faut ! »
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Ira et son mari ont trois enfants. Arthur, dans ses bras, a un an. (Photo : Yann Foreix)
Ils sont hommes ou femmes politiques, chanteurs, écrivains ou metteurs en scène. Une vingtaine de parrains ont répondu à cet appel de RESF. En plein service, Philippe Pages, directeur du bijou et parrain de la jeune Congolaise, arbore une mine déterminée. « J'irai manifester jusqu'à l'aéroport avant qu'on l'emmène ! » Il est prêt à tout pour soutenir sa « filleule ». « Je la cacherai s'il le faut ! » Et la répression ? Plateau à la main, les verres en équilibre, Philippe répond du tac au tac : « Avec toutes les manifs auxquelles j'ai participé, j'ai déjà ma petite fiche aux RG. Ce n'est pas ça qui va m'arrêter ! Franchement, en quoi cette fille est-elle une menace pour notre société ? rajoute l'entrepreneur de spectacle. Ces procédures ordurières ne tiennent pas compte des êtres humains ! »

Instant solennel
En un instant le bar vient de se vider. La foule s’est installée dans l'arrière-salle où défilent d'habitude les artistes. Au premier rang, Ira, Arménienne, donne le biberon à Arthur, son petit dernier, âgé d'un an. Ses deux filles s’agitent à ses côtés. Ero, le mari, fixe des yeux un homme qui vient de monter sur l'estrade. C'est Jean-Louis Llorca, conseiller général du 11éme canton de Toulouse. Sa voix, solennelle, s'élève dans le silence : « Eléonore, acceptez-vous d'être parrainée par monsieur Hervé Suhubiette ? » Question rhétorique : la réponse, timide mais ferme ne se fait pas attendre. « Oui, bien sûr ! » Un large sourire prend immédiatement le relai. La salle exulte, les visages se détendent. À chaque nouvelle réponse, les applaudissements se font crescendo. Quelques « bravos » fusent. Un grand « ouf » gagne alors l'assistance, comme si, désormais, plus rien ne pouvait menacer ces familles. « Je suis plus habitué à présider des mariages ! " lance M. Llorca, des tremolos dans la voix, visiblement ému par la situation.
Exaucé, au troisième rang, brandit fièrement un petit bout de papier, signé par ses trois parrains. Il a le regard victorieux. « Nous nous sentons moins seuls dorénavant ! », confie doucement sa mère. La vie pourtant continue. Lentement, la salle se vide. Dans la froide nuit de ce vendredi soir, les familles retournent vers leur anonymat.

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La famille d'Ira et de son mari Ero avec leurs trois enfants. A leur droite, un de leurs parrains : Nicolas Tissot, conseiller municipal. (Photo : Yann Foreix)

 

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