Les obus découverts par les ouvriers (photo Emmanuel Santelli)
Moins d'une heure après, deux véhicules de déminage arrivent sur les lieux et font « sécuriser le périmètre » par les gendarmes. Les curieux sont priés de se tenir à environ cinq cent mètres du lieu de la découverte, derrière des habituels rubans rouges et blancs. A 10 heures, 6 bombes sont dégagées du sol et disposées côte à côte. Des images peuvent être dès lors tournées et des questions posées aux experts en déminage. Les fameux obus sont approchés, scrutés non sans angoisse, mais jamais on ne les touche. Selon le Colonel Saint Clair, cette découverte accidentelle aurait pu se terminer « en véritable catastrophe ». Les bombes retrouvées ont été rapidement identifiées comme étant des « Nux Bubels », ancêtres des premières bombes incendiaires.
Des bombes rares dans le sud de la France.
Sur le site, la tension est palpable et chacun évite les mouvements brusques à proximité d'obus en très mauvais état. Les visages sont crispés même chez les experts du déminage, pourtant rodés à ce travail. Les démineurs enroulent chaque bombe pour les protéger des chocs et les insèrent dans des cylindres très épais. L'un d'eux, inquiet, répète plusieurs fois à voix basse « Elles sont vraiment en mauvais état, c'est pas bon du tout ça ... ». D'ailleurs, il n'est pas rare de voir ces experts retenir quelques instants leur respiration avant d'effectuer certains mouvements délicats.
« Si l'engin avait malencontreusement touché le détonateur, c'est le lotissement tout entier qui partait en flammes par simple réaction en chaîne vu la puissance de ces obus et leur vétusté » assure le Colonel. Et d'ajouter : «Dans le sud, il est plutôt rare de trouver ce genre de bombes. Leur disposition nous amène à penser que les Allemands les ont enterré à la hâte alors qu'ils quittaient précipitamment le lieu où ils étaient. »
Si taper dans les mains pour féliciter les démineurs ne viendrait à l'esprit d'aucun, certains ne cachent pas leur admiration face à autant de « professionnalisme ». Au moment de partir, les démineurs demandent aux ouvriers de rester très prudents dès la reprise du chantier prévue pour le jeudi. En effet, « il ne serait pas surprenant de retrouver d'autres bombes à proximité de cette première découverte », expliquent les démineurs. « Ce n'est pas très rassurant », avoue un conducteur de travaux, « mais, ironise-t-il, ce sont les risques du métier ». En 2008, on dénombre une trentaine d'interventions de la brigade départementale de déminage en Haute-Garonne et 80 obus désamorcés ou explosés en lieu sûr. En repartant du lotissement, chacun veillera, sans qu'on le lui demande, à ne pas claquer trop fort sa portière. Ce n'est que plus tard, à quelques kilomètres de là que le stress disparaîtra...





