Sébastopol one man band: bluesman tout droit sorti d'une machine à remonter le temps.
C'est vrai que c'est tellement loin tout ça, ça sent les vieilles photos jaunies... C'est là qu'intervient Sebastien Pistre. Un brin secoué, ce jeune bluesman prend la décision de dépoussiérer, rafistoler et de déterrer une musique tombée en désuétude. Refusant catégoriquement d'associer le Blues aux clichés qui ont probablement autant servi sa notoriété que contribué à son oubli, il mobilise des talents de bricoleur fou pour le moderniser. Jusqu'à donner « Sébastopol one man band », littéralement traduit par « groupe de musique composé d'une personne : Sebastopol ». Explicite.
Un soupçon de nonchalance dans sa démarche inciterait à croire qu'il est arrivé à ce résultat par hasard. Ce qu'il n'infirme pas: « J'ai toujours voulu être dessinateur ». Etudiant dans un lycée agricole, il trouve successivement dans les métiers de carrossier et peintre en lettres un moyen de se rapprocher de cette ambition, « Une belle perte de temps » avoue-t-il. Il devient par la suite homme à tout faire dans une mairie à côté de Castres, sa ville natale. «Un jour, alors que j'étais éboueur, j'ai trouvé une carcasse de guitare adossée à une poubelle. Je me suis rendu compte que l'idée de laisser ces instruments aller à la casse m'était insupportable alors je l'ai ramassée et rafistolée avec les moyens du bord.» Un couvercle de casserole et un fond de moule à tarte feront l'affaire. En même temps que sa première guitare customisée, Sébastopol est né. Et il prend goût à cette vie-là : petit à petit, il écume les brocantes à la recherche d'instruments abîmés auxquels il pourra redonner une nouvelle sonorité. Un rayon de vélo rafraîchit un Ukulélé à bout de souffle, une cafetière déterrée d'un fossé se métamorphose en trompette, et de la combinaison loufoque d'un manche de râteau, d'une corde à linge, d'un tuyau de poêle et d'une peau de tambourin résulte une contrebasse artisanale. « Le point de départ restait tout de même mon manque d'argent et mon désir de faire de la musique malgré ça » précise-t-il. Même procédé pour son déguisement de scène qui évoque un côté Géo Trouvetou des années 20, originaire du fin fond du Tennessee « Je fais en sorte de m'inscrire dans une démarche esthétique où l'image se fait écho des notes pour mieux cerner cet univers particulier ».
« Ma première rencontre avec le public s'est faite le 21 juin 2001, à la fête de la musique. C'est à ce moment-là que j'ai senti qu'il se passait quelque chose. » Ce même jour, John Lee Hooker, monstre sacré du Blues, décédait à l'âge de 83 ans. Mais au diable les références, loin de la Beat Génération, de son enivrante liberté bercée par les accords d'un Muddy Waters fatigué et de la poésie crue de Kerouac, Sébastopol se veut plutôt sage. « J'ai eu ma petite période sex, drugs and rock n' roll, mais j'ai vite compris que cet aspect là de la vie est un paquet d'amertume rabâchée, illusions d'une liberté quelque peu stéréotypée. Ma dignité s’est acquise par la musique.» Sans drogue, ni alcool, ni violences, Sébastien ne dément pas la douceur de sa schizophrénie musicale : « Sébastopol c'est la thérapie d'une timidité maladive qui ne coûte rien à la sécurité sociale »
Alors, anachronique dilettante, ou névrosé assumé ? « Je joue la musique du diable, je reste donc un mécréant» réplique t'il. Les artistes et leurs complexes.
Pour découvrir l'artiste, cliquer ici: http://www.myspace.com/sebastopolblues





