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Réveil tranquille aux Carmes

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A l'aube, peu d'endroits à Toulouse sont aussi animés que le marché couvert des Carmes. Ou l'histoire de la mise en place, chaque matin, d'un véritable petit village. Reportage. 

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(Photo Arthur Cesbron)
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ardi, 6h15. Un homme force l'allure aux abords du village des Carmes. Un demi-veau sur le dos, il se dirige vers la voie d'accès au marché couvert. Il rencontre au passage un boulanger, le chariot vide, et un maraîcher. Les premiers livreurs défilent, sans bruit. Doucement, le marché s'éveille. 

Quelques loges débâchées éclairent la pénombre de lueurs colorées. La boulangère range ses pains, déballe les premières galettes des rois. Les couteaux des bouchers résonnent. Peu de paroles, tous s'appliquent. 

Un marchand de légumes s'active. Les cageots bloquent l'accès à son étalage. « J'ai plus de soixante-dix légumes différents à disposer, précise André, 55 ans. Tous les matins, j'arrive le premier, à 4h45 ». En face, la loge du charcutier prend vie. L'occasion pour André de taquiner, sourire en coin : « puis les fainéants arrivent, plus tard »
Lionel, là aussi depuis 5h, dispose tranquillement ses pleurotes. Le froid, il connaît. Son étalage est juste à la limite extérieure du marché. « Les produits gèlent assez souvent, explique-t-il. Du coup, soit on les couvre, soit on démonte pour réchauffer les produits dans la chambre froide. Avec ce froid, il y fait plus chaud... » 

A 7h, les bouchers sont les plus actifs. Dans les allées, ils plient sous le poids d'un morceau de viande sur l'épaule, ou poussent des chariots auxquels sont accrochés cochons ou autres pièces de boeufs. Le bruit des scies électriques et des couteaux se fait constamment entendre. Les chambres froides ronronnent. L'ascenseur entre les réfrigérateurs au sous-sol et le marché ne s'arrête plus. 
Philippe, poissonnier, pousse une palette pleine de glace. « C'est 300 kg de glace à étaler tous les matins », précise-t-il, jetant bruyamment un gros sac au sol. Une fois l'exercice sportif terminé, il passe au travail de précision. Les premières odeurs se répandent dans les allées. Deux heures plus tard, soixante sortes de poissons, quelques citrons, des écorces de bananiers et des palmiers en osier devront couvrir son étalage. Entre senteurs des poissons et jeu des couleurs, Philippe devient artiste-poissonnier. « Les yeux font vendre », ajoute-t-il, l'œil complice. 
« Hé les cousines ! » « Salut Lolo ! » Tous s'interpellent à leur manière. Arrêts brefs mais inévitables au petit matin. Le grand déballage poursuit son cours. Un léger vacarme a fait son apparition. Il est 7h30. 

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(Photo Arthur Cesbron)
Les premiers clients se font désirer. Alain, boucher dont l'étalage est fin prêt, déambule d'une loge ouverte à l'autre. Il explique : « il n'y a plus de vie le matin. Les clients viennent après la rentrée des classes, et pour l'ouverture, à 10h, des magasins ». Le marché a beau ouvrir à 7h, seuls quelques irréductibles s'y promènent. Trois étrangers en tenues de sport semblent perdus et observent, curieux ; une dame à vélo le traverse, rapidement...

Au bar, Christiane, 63 ans, serveuse, apporte des cafés aux maraîchers depuis 7h. Elle témoigne : « En 1967, lorsque ma grand-mère travaillait ici, elle commençait à 5h... » Adossé au comptoir, Christian, président de l'Association des commerçants du marché, est présent, chaque matin. Coiffeur, il vient prendre son café avant de commencer sa journée. « Dans les années 1970, on faisait la queue pour avoir un café... », ajoute-t-il.

8h30. Les poissonniers raclent le sol pour ramasser la glace. Les cageots sont regroupés devant l'ascenseur. La température se réchauffe, sauf à proximité d'étalages de poissons ou d'une chambre froide ouverte. Epiciers, traiteurs : les derniers commerçants, dont l'étalage n'a pas besoin d'être mis en place, arrivent. Les informations de RTL s'élèvent de la loge de la boulangère. Pas trop fort, pour ne pas bousculer les premiers clients. Les commerçants sont, eux, tous bien réveillés.
 

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