Frédéric Arrou, président de l'Association des Sinistrés du 21 septembre 2001 (crédit photo: Sylvain Rolland)
Il s’agissait avant tout de donner du sens au vide, de ne pas rester passif. Quand j’ai vu les dégâts causés dans le quartier Papus, les centaines de vitres et les toits effondrés, je me suis dit qu’il fallait agir. Dans un quartier modeste, il fallait que quelqu’un agisse. J’étais disponible intellectuellement, socialement et économiquement, je pouvais le faire.
Vous êtes-vous rendu compte tout de suite de l’ampleur de la catastrophe et du rôle que serait amenée à jouer votre association ?
Je ne mesurais pas l’envergure que cela allait prendre. Le 23 septembre au soir, nous avons organisé notre première réunion. Entre 400 et 600 personnes étaient présentes. Moi qui pensais que l’association ne durerait que six mois…
Vous affirmez qu’il y a eu des négligences de la part d’AZF…
L’explosion est le fruit d’approximations et de négligences. AZF a réalisé des économies sur la sécurité. Des règles de fonctionnement ont été négligées et ont abouti à une erreur de manipulation. Avant l’explosion déjà, on voyait bien qu’il y avait des fumées d’ammoniaque et une odeur nauséabonde…
…Comment expliquer alors que personne n’ait tiré la sonnette d’alarme avant le 21 septembre ?
Certains mouvement écologiques l’ont fait, notamment les Amis de la Terre. Personne ne les a écoutés.
Plusieurs thèses se font entendre quant à l’origine de l’explosion : accident, attentat… Quelle est la vôtre ?
Je m’en tiens au dossier d’instruction. Je pense qu’il ne faut pas partir dans des élucubrations stériles. La thèse de l’attentat me paraît stupide et irresponsable. Il peut y avoir derrière des intentions politiques. Le fait que la tragédie se produise 10 jours après les attentats du 11 septembre a joué.
Il existe des divergences entre les associations d’aide aux victimes, notamment entre l’association AZF Mémoire et solidarité, qui regroupe beaucoup d’anciens ouvriers, et la vôtre.
Le problème, c’est que cette association a une dimension familiale. Je m’explique : elle regroupe des ouvriers de l’usine qui se considèrent comme une grande famille. Il y a un lien très fort entre eux.
Je connais bien le président Jacques Mignard. Il n’aime pas trop que d’autres parlent de l’explosion d’AZF alors qu’ils n’étaient pas dans l’entreprise. Surtout, Jacques Minard me reproche d’avoir fait fermer l’entreprise AZF après l’explosion.
Quant à l’Association de familles endeuillées d’AZF, elle a une toute autre vocation. Elle est tournée entièrement vers le soutien aux victimes, tandis que nous avons en plus un but politique. Nos deux associations sont complémentaires.
Le procès qui débute lundi est exceptionnel à plus d’un titre…
A la demande des parties civiles, le procès ne se tiendra pas aux assises, mais à la salle Jean Mermoz, qui peut accueillir toutes les parties civiles, les victimes et le public [1399 parties civiles, 20800 victimes, ndlr] Nous serons évidemment présents, avec d’autres associations, même si nous ne sommes pas appelés à témoigner.
AZF était une société du groupe Grande Paroisse, filiale appartenant à Total. Beaucoup ne comprennent pas que le PDG de Total Thierry Desmaret ne soit pas encore mis en examen.
Concernant la présence de Thierry Desmaret, rien n’est sûr encore. On en saura davantage mercredi 25. Total a quand même assumé sa responsabilité en indemnisant les victimes [à hauteur de 2 milliards d’euros, ndlr]. Mais ils se doivent d’être entendus au procès. C’est pour cela que nous avons demandé qu’ils soient appelés à comparaître. Il y a un enjeu moral et pédagogique, notamment pour les industriels et les usines Seveso [sites de production classés à risques, ndlr] Qu’ils la retiennent la leçon.
Le procès sera filmé. C’est une grande première pour un procès d’assises… Qu’en pensez-vous ?
J’en suis très satisfait car nous sommes à l’origine de cette demande. Pour moi, c’est une évidence, il faut que cette catastrophe ait une dimension historique.
Propos recueillis par Elisa Perrigueur et Sylvain Rolland





