A procès hors-norme, lieu hors-norme. C'est dans la salle municipale Jean-Mermoz que les témoins et experts seront entendus pendant quatre mois. Photo Pierrick Bonno.
La colère a laissé place à l’apaisement. Sept ans et demi après le drame qui a causé la mort de 31 personnes, le procès de la catastrophe d’AZF a débuté dans le calme, lundi après-midi, dans la salle municipale Jean-Mermoz, à Toulouse.
Depuis midi, quelques centaines de personnes attendent devant les grilles blanches de la salle. Mais ce n’est pas la foule annoncée. Beaucoup, casquette blanche sur la tête, font partie de l’association des anciens salariés AZF Mémoire et solidarité. D’autres sont là par curiosité. Comme cette retraitée : « Je suis arrivée à midi, sans laissez-passer. Je suis venue car je suis Toulousaine et je me sens concernée par cette affaire », confie-t-elle.
Rassemblement des "casquettes blanches" de l'association Mémoire et Solidarité, avant l'ouverture du procès. Photo Pierrick Bonno.
Pour ce procès exceptionnel, un millier de sièges sont pourtant disposés dans la salle pendant quatre mois, dont plusieurs centaines pour le public. Des écrans géants permettent de suivre ce qui est un des rares procès filmés et enregistrés de l’histoire de la justice. Mais certains craignent de ne pas avoir leur place.
31 victimes officielles
Sur le banc de la défense, arrivé très tôt, un seul prévenu « physique » face à 1813 plaignants. Serge Biechlin était directeur de l’usine au moment des faits. Peu avant le début du procès, il est assailli par les équipes de télévisions et les photographes. Les flashs crépitent pendant plusieurs minutes.
A 15h20, le tribunal fait son entrée, avec plus d’une heure de retard, pour laisser tout le monde passer les contrôles de sécurité. Les huit années d’attente se font sentir. Silence de plomb. Le président Thomas Le Monnyer prend la parole, la voix chancelante, pour introduire la première audience d’ « un procès exceptionnel. Une étape importante dans le processus judiciaire du pays », annonce-t-il.
La défense et le seul prévenu, Serge Biechlin, ont été assaillis par les médias. Photo Pierrick Bonno.
Les visages se figent lorsque le président énonce un par un les noms des 31 victimes de la catastrophe. 31 et non 30 ou 29, comme il était jusque-là admis. Une dame, décédée le 6 octobre des suites de ses blessures, n’était pas encore officiellement comptabilisée. Le patient mort, en janvier 2002, d'une maladie nosocomiale contractée dans l'explosion du bloc dans lequel il était opéré, le 21 septembre, à 10h17, allonge également la liste.
Pendant l’audience, les quelque 200 témoins et les dizaines d’experts, qui seront entendus pendant quatre mois, sont appelés à la barre. Un seul d’entre eux prendra la parole, pour s’étonner que Jacques Chirac, Lionel Jospin et Laurent Fabius, au pouvoir à l’époque, aient décliné l’invitation à témoigner, lancée par les parties civiles.
Lorsque l’audience est suspendue, à 18h, le public a déserté la salle. Serge Biechlin esquisse alors un sourire et prend le temps d’aller discuter avec les parties civiles. Pendant ce temps, un de ses avocats, Me Soulez-Larivière déclare déjà devant les caméras qu’il prépare « une demande de relaxe, compte tenu de la faiblesse des éléments retenus contre son client ».
(Avec Sylvain Rolland)





