L'avocate de l'Association des Familles Endeuillées se prépare à un long combat judiciaire
Où étiez-vous le jour de l’explosion de l’usine Azote Fertilisants, le 21 septembre 2001 ?
J’étais à Toulouse, dans le quartier nord, donc un peu éloignée du site AZF. J’ai tout de suite compris que quelque chose de très grave venait de se produire.
Vous défendez l’association des Familles endeuillées pour ce long procès. Comment avez-vous décidé de prendre ce lourd engagement ?
En tant qu’avocat, on ne décide pas de défendre quelqu’un en particulier. La personne qui veut qu’on la défende doit s’adresser à nous. Peu après la catastrophe, je suis allée proposer mon aide aux sinistrés. J’ai hébergé des victimes et assisté à la création de l’association des Familles endeuillées, et, petit à petit, la décision s’est prise toute seule. Je défends donc aujourd’hui 21 familles de victimes décédées et 250 blessés.
Le procès qui s’est ouvert lundi 23 février est hors-norme à plus d’un titre : nombre important de parties civiles, audiences filmées, enjeux colossaux…
…Oui cela va être un long travail, assez stressant. Pour nous c’est une rude bataille contre le groupe Total. Nous ne voulons pas que ce dernier arrive, comme il l’a déjà fait, à créer un écran de fumée qui éclipse la vérité sur les causes de l’explosion (accidentelles pour Mme Stella Bisseuil et l’Association des Familles Endeuillées ndlr). Le groupe a réussi à faire beaucoup de gesticulations autour de leur thèse du doute. Malgré un dossier accablant, Total parvient à entretenir des soupçons sur l’origine de l’explosion. Cela est dû au fait qu'il s'agit d'une institution financière puissante et médiatisée.
Les anciens salariés du groupe AZF défendent leur employeur et nient, tout comme Total, la thèse officielle de l’accident chimique…
C’est le grand paradoxe de ce procès, les salariés AZF n’en veulent pas à leur employeur. Le groupe Total soutient financièrement les salariés d’AZF et les entretient. Il y a donc une grande collusion entre employeurs et salariés et des divisions entre les parties civiles.
On a appris, le jour de l’ouverture du procès, que Lionel Jospin, premier ministre de l'époque, pourrait être entendu au procès. Que pensez-vous de cette décision ?
C’est à la demande de l’une des veuves d’un salarié d’AZF que Lionel Jospin pourrait être entendu. C’est encore une stratégie de Total pour médiatiser d’autres aspects que l'origine de l'explosion, afin que la presse s’empare de l’événement. Avec la sur-médiatisation, on oublie les preuves du dossier, qui confirment l’accident chimique.
La publicité des nombreuses contre-enquêtes contestant la thèse officielle risque d’être néfaste lors des débats du procès. Comment les membres de l’association des Familles endeuillées réagissent à l’évocation de toutes ces thèses ?
Nous restons persuadés qu’il n’y a qu’une seule vérité. Judiciairement parlant, la thèse de l’accident chimique est une évidence. La stratégie grossière « de doute » de Total ainsi que les nombreux livres des journalistes qui sortent vont évidemment être nuisibles au débat. Les familles souffrent de ces hypothèses. Elles souhaitent que Total arrête de se défiler en se cachant sous toutes ces théories.
Pour en savoir plus:
http://www.victimesazf.org/
http://stella.bisseuil.free.fr/index.php





