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Jacques Mignard : la vérité avant la retraite

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Jacques Mignard, ancien délégué syndical CGT d’AZF et président de l’association Mémoire et solidarité, lutte depuis sept ans pour faire connaître la vérité sur un drame qui a changé sa vie.
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Jacques Mignard veut obtenir la vérité avant de profiter de sa retraite. Photo Pierrick Bonno.

« Cette journée commençait comme toutes les autres. Je suis arrivé à l’usine, j’ai vu les copains vers dix heures pour la pause-café… » Assis sur son canapé, Jacques Mignard raconte la catastrophe du 21 septembre 2001. Depuis maintenant sept ans, ce Toulousain de naissance a appris à vivre avec le traumatisme. Alors animateur sécurité, il est appelé par un collègue pour se rendre dans la fameuse tour rouge et blanche d’AZF, devenue depuis le symbole de l’usine. « Au moment où je suis rentré dans la salle, tout a pété, poursuit-il. Et puis il y a eu le silence absolu. »

Il quitte alors le bâtiment et « tient son rôle d’animateur sécurité ». Il participe à la reconnaissance des corps « dans un paysage lunaire ». Et retrouve parmi les victimes des collègues qu’il avait quittés quelques minutes auparavant.

Dans les jours qui suivent le drame, un mouvement de solidarité se met en place entre les salariés du site. « On a pensé ensuite qu’il fallait trouver un prolongement au mouvement. C’est pour ça qu’on a décidé de créer une association. » Jacques Mignard devient président de Mémoire et solidarité, qui compte aujourd’hui près de 650 membres.

Plus de 30 ans d’usine

Une suite logique pour celui qui a été élu délégué syndical CGT à 21 ans. Né en 1948 à Toulouse, Jacques Mignard est embauché en 1967 comme conducteur d’appareil à l’ONIA (Office National de l’Industrie de l’Azote), ancêtre d’AZF. « J’aimais deux choses, raconte-t-il. La chimie et le travail. Je voulais entrer dans la vie active rapidement. » Au retour de son service militaire en Polynésie, il est élu au poste de délégué du personnel.
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Jacques Mignard est très sollicité depuis le début du procès. Photo Pierrick Bonno.


En 1979, après 14 ans passés dans l’unité de cracking d’ammoniac, il décide de partir à la découverte de l’Europe de l’Est. Il y restera un an. « Mais sans aucun lien avec mes attaches syndicales », précise celui qui affirme ne jamais avoir été communiste, malgré quelques années passées au Conseil national de France-URSS. « A 20 ans, j’ai eu une copine Tchèque, dont le père avait fini dans un camp en Slovaquie. Ca vaccine du communisme. » Il se dit même membre de la CGT « par fidélité » et se définit comme un homme libre. Car, dit-il, « j’aurais beaucoup de choses à dire. Ce n’est pas parce que (Bernard) Thibault ou l’Humanité disent quelque chose que je vais le faire. » L’ancien ouvrier sera même dix ans membre du Parti Socialiste, où il côtoiera notamment Pierre Cohen, qu’il appelle aujourd’hui encore « Pierrot ».

A son retour d’URSS – où il rencontre sa future femme, avec qui il aura un fils, âgé aujourd’hui de 20 ans – Jacques Mignard retourne dans ce qu’il appelle « sa seconde famille. J’aime bien le monde industriel. Je suis bien quand je rentre dans une usine. Ca doit être mon côté Soviétique ! » C’est donc en 1980 qu’il est embauché au Service sécurité d’AZF, où il est chargé de faire diminuer le nombre d’accidents sur le site.

« Avoir une cause à défendre m’a aidé »

Sa carrière prendra fin peu après la catastrophe. Le délégué syndical négocie une baisse des effectifs afin de permettre à l’entreprise de poursuivre son activité. Les 125 employés les plus âgés bénéficient donc d’une « rente viagère temporaire » versée par Total. Il en fait partie, et démissionne le 30 mars. Le 11 avril, la fermeture du site est décidée.
Mais pour celui qui se définissait comme « l’homme de l’hygiène industriel », il est difficile d’admettre que le drame est le simple fait d’une défaillance interne à l’usine. « Le 20 septembre 2001, jour de mon anniversaire, nous avons eu une réunion avec tous les animateurs sécurité du groupe. AZF avait d'excellents résultats. C’est en quelque sorte une injustice que ce soit nous qui ayons explosé. »

Sollicité de toutes parts durant les derniers mois, l’ancien syndicaliste dit se plier à la chose médiatique à contrecœur. « C’est contraignant, ça me gêne un peu mais j’accepte. Il faut parler pour qu’on ne nous oublie pas. » Après avoir lu Le Monde tous les jours pendant trente ans, il ne lit plus la presse. « Ma seule lecture aujourd’hui, c’est Le Monde de la Musique ». Il admet aussi que son combat lui a permis de surmonter le traumatisme. « Ca m’a aidé d’avoir des objectifs, une cause à défendre. »
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Photo Pierrick Bonno.


L’association qu’il préside prend rapidement part au combat pour obtenir enfin la vérité.
Et conteste la thèse officielle. A la fois partie civile et témoin lors du procès qui s’est ouvert lundi, Jacques Mignard admet avoir quelques hypothèses personnelles sur ce qui s’est passé ce jour-là. Mais ne réclame que la vérité. « Je ne suis pas un homme de sanction. Ca ne fera pas revenir les gens qui sont morts ce jour-là. »

Et lorsqu’on lui demande s’il compte profiter de sa retraite, officielle depuis le 1er octobre dernier, Jacques Mignard, les traits marqués par plus de trente ans d’usine, répond pour finir : « J’arrêterai quand l’affaire sera réglée. » Il pourra alors « passer le flambeau ». Et enfin tourner la page.
 

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Commentaires (3)
Paul-Emile CHARLTON
3 Jeudi, 15 Mars 2012 12:29
Ce commissaire Frédéric Malon, c'est le même que l'enfoiré de parisien Directeur Central de la Police Judiciaire qui affirmait devant les caméras de Karl Zero (13° rue / reportage Zandvoort) qu'il n'y avait aucun réseau pédocriminel en France et que tout n' était que racontars et fantasmes ?
Après avoir été placé à Toulouse pour surveiller et étouffer d'éventuelles retombées de l'affaire Alègre, pas étonnant que ce gugus, bidouilleur d'AZF, ai eu la grosse promotion à la direction de la P.J. Nationale.
Moi c'est Paul Emile CHARLTON.
Tu fais trop ton beau Malon… et c'est quand tu veux !

2 Jeudi, 24 Novembre 2011 17:17
Je m'interesse à l'affaire AZF depuis le début, par connaissance et par civisme. J'ai passé l'âge de me mettre en évidence.
Si vous voulez en apprendre et comprendre ce qui s'est passé,plongez dans "mon profil" sur "la depeche".
Je trouve le comportement actuel ahurissant. Chacun a son idée et n'en sort plus.même pas un minimum de reflexion. J'ai 4 lettre de Douste-Blazy a une époque où on était encore correct.
Cordialement

1 Mardi, 05 Mai 2009 15:36
Qu'elle est la version de ce "Monsieur sécurité" amateur de chimie ? Accident ? Attentat ?

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