En 2009, le label « Motown » soufflera ses 50 bougies. Une occasion pour la communauté Soul de célébrer le label historique. Un anniversaire qui relance le débat sur la légitimité de la compagnie musicale « Motown France ».
Detroit, 1959. « 8 miles road » scie la ville en deux : un quartier pour les Blancs, un autre pour les Noirs. Rien d’extraordinaire pour l’époque. Dans celui des Noirs, le jeune Berry Gordy trouve le moyen de se jouer de cette ségrégation. Avec 800 dollars en poche, il crée un label qui produit de la musique noire pour les Blancs. Son nom : Motown, contraction de Motor Town, en hommage à la ville de Detroit.
La Soul est née, l’esprit Motown aussi. Berry Gordy s’entoure bien : Diana Ross, Gladys Knight, Marvin Gaye, Stevie Wonder et plus tard Mickael Jackson signeront sous sa protection. Des références mythiques dans l’histoire de la musique Soul.
Le label acquiert un tel rayonnement que l’on parle rapidement du « son Motown ». Réel gage de qualité. Une réussite sans conteste qui vaut à la ville de Detroit d’être rebaptisée « Hitsville USA » (la « ville des Tubes »). Blancs comme Noirs sont séduits. Le processus de l’explosion des barrières raciales est en marche.
2006. Changement de décor. La major Universal Music France entreprend la création d’un département « Motown France ». Une grande première qui intrigue amateurs et connaisseurs de la musique Soul et Rythm&Blues.
La première artiste française à enregistrer sous ce nom prestigieux aime à définir sa musique comme trop « subtile pour le RnB Français mais trop Soul pour la Variété. » À la signature de son contrat, Vitaa s’exalte et se confond en remerciements. C’est grâce à « sa copine Mélanie », directrice artistique de Motown France, qu’elle a pu rejoindre cette grande famille.
Sa « copine Mélanie » n’est autre que Diam’s, la rappeuse populaire française connue pour des tubes tels que « la boulette », ou encore « jeune demoiselle recherche un mec mortel ». Dans sa tâche de directrice artistique, elle est secondée par Sébastien Catillon. Un nom à qui Diam’s doit énormément car il est à l’origine de sa signature auprès du label EMI, quelques années auparavant. Bienvenue dans le royaume de coquins et copains.
« Une coquille vide »
La mascarade n’échappe pas aux fans du label américain. Ils manifestent leur indignation en s’organisant autour du collectif « anti Motown France »
« Ce label n’est pas crédible ! Il se sert d’un patrimoine musical, politique et historique considérable pour s’assurer des ventes de disques », déplorent-ils.« Tout est fait pour que ce label français brille. Diam’s a une notoriété bien assise en France et le nom Motown évoque des souvenirs inscrits dans l’inconscient collectif. Pourtant tout le reste est creux. Une coquille vide », rajoutent-t-il.
Au sein de cette association, pas de jugements de valeur. « Nous n’avons pas besoin d’être mélomanes pour remarquer cette imposture, notre devoir est moral. Nous dénonçons juste un profit financier fait au détriment de cet illustre emblème », précise Olivier, président du collectif.
Pour calmer les ardeurs des contestataires, les représentants Motown France insistent sur l’indépendance de la compagnie française. « Au niveau de la programmation musicale, le label des USA et celui de France n’ont rien en commun » se défend Marion Roy, collaboratrice de Sebastien Catillon.
À la question « pourquoi utiliser le même logo et le même nom, sans prétendre y appartenir ni même s’en inspirer », la réponse est moins assurée. L’interlocutrice hésite et bafouille. On se renvoie la balle entre représentants, on met en attente. Après une dizaine de tentatives, le seul interlocuteur disponible reste le répondeur. « J’y crois », une chanson de Vitaa y tourne en boucle.
Héloïse de Montety et Houda Outarahout.





