Home Société Gérard Onesta, AZF : "Penser que le risque est maîtrisable est une grave erreur"

Gérard Onesta, AZF : "Penser que le risque est maîtrisable est une grave erreur"

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Partie civile avec les Verts pour le procès AZF, Gérard Onesta, quelques jours après son témoignage à la barre, revient sur sa croisade contre les usines Sévéso et sur ce qu’il attend du procès. Le vice-président du Parlement européen nous parle également de l’actualité des élections européennes de juin, notamment de la proposition de Dominique Baudis de fusionner les trois régions du Sud-Ouest Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.
onesta
Vous êtes partie civile au procès AZF. Venez-vous en tant que Toulousain, homme politique Vert ou vice-président du Parlement Européen ?
Un peu des trois. Tous les Toulousains ont vécu dans leur chair le 21 septembre 2001. C’est un traumatisme pour beaucoup. Le local des Verts a été touché par l’explosion, mais les dommages que nous avons subis sont minimes en comparaison de ceux subis par d’autres Toulousains. C’est surtout pour le préjudice moral qui nous a été porté que nous nous sommes constitués partie civile. Nous dénoncions le risque des usines Seveso –et particulièrement du site AZF- depuis de nombreuses années. Les écologistes ne cessaient de prévenir, mais nous n’avons jamais été écoutés. Je suis au procès à la fois en tant que citoyen toulousain qui a subi un préjudice avec l’explosion, en tant que Vert, et en tant que vice-président du Parlement européen, car les problématiques liées à AZF sont également en partie des problématiques européennes.

Qu’attendez-vous de ce procès ?
Il y a deux dimensions dans le procès AZF. D’une part, tous les responsables doivent être sanctionnés. Que Total soit sur le banc des prévenus n’est que justice. Ils ont commis ce qu’on peut appeler de la « délinquance industrielle ». Pour l’instant, ils ne se révoltent pas trop, mais dès que l’on va toucher aux dividendes, à l’argent des actionnaires, là ils se réveilleront. Mais il faut que toute la chaîne des responsables paye. Total bien sûr, mais également les responsables politiques qui ont mis les Toulousains en danger en acceptant ces risques. Tous se sont révoltés après la catastrophe, et certains dans une hypocrisie totale.
La seconde dimension est historique. Ce n’est pas un hasard si le procès est filmé. C’est triste à dire, mais il faut que les morts de Toulouse servent à quelque chose.

Vous avez à plusieurs reprises critiqué les mesures prises après la catastrophe. Que leur reprochez-vous ?

Le problème est d’ordre philosophique. Je me bats pour que l’on arrête de considérer que le risque de ces usines Seveso est maîtrisable. C’est une grave erreur. Depuis la catastrophe, il n’y a pas eu de remise en cause du problème Seveso. Je ne suis pas pour la limitation du risque, mais pour l’arrêt du risque. Je suis pour la mise en œuvre de textes, de lois, aux échelles nationale et européenne, pour changer de philosophie vis-à-vis du risque que ces usines Seveso font encourir à la population. Il s’agit d’un choix de société. Peut-on en changer ? Je pense que oui. Il suffit de volonté politique pour qu’un nouvel AZF ne puisse pas se reproduire. Aujourd’hui, malheureusement, ce n’est pas le cas. C’est dans ce sens que j’ai essayé d’avancer en tant que vice-président du Parlement européen. Mais c’est un chemin difficile, notamment à cause des lobbies pétroliers, qui barrent la route.

Les élections européennes de juin approchent. José Bové vous succède en tant que tête de liste des Verts dans la région Sud-Ouest. Il y a une dizaine de jours, Dominique Baudis a lâché une bombe : il a déclaré vouloir fusionner les trois régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Vous êtes vous-même favorable à un redécoupage de la carte administrative. Que pensez-vous des propositions de Dominique Baudis ?

Je pense effectivement qu’il faut simplifier la carte administrative française. Mais Dominique Baudis prend le problème par un petit bout de la lorgnette. Je ne suis pas sûr qu’il faille regrouper en fonction des frontières actuelles des départements et des régions, car elles ne respectent pas forcément une cohérence historique, économique et culturelle.
Prenons le problème à la base. Il y a d’abord le problème des communes : la France compte 36 000 communes, soit plus que dans l’ensemble des pays d’Europe. C’est un député européen qui vous le dit. C’est beaucoup trop. Ensuite, le département est à l’évidence une structure dépassée, qu’il faut remplacer par une autre structure de territoire. Je pense que les pays sont cette structure : les pays de Comminges, le pays Tolosan, le Murétain, par exemple, sont des espaces cohérents.

Concrètement, que proposez-vous ?

Déjà, remplacer les départements par les pays, selon une cohérence historique, territoriale, économique et culturelle. Actuellement, l’Occitanie est divisée en quatre régions : Provence, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Aquitaine. Je crois que si l’on regarde l’histoire, l’économie actuelle et la dimension européenne, on pourra arriver à trois grandes régions. D’abord une grande région Aquitaine et Gascogne, composée de l’actuelle région Aquitaine, de la partie occitane de la Charente, et certainement une grande partie du Gers et des Hautes-Pyrénées. Ensuite, on aurait un grand Languedoc historique qui irait de Toulouse à Montpellier, ce qui signifie que le Gard et tout ce qui n’est pas dans les Cévennes basculerait dans leur aire naturelle, la Provence, qui récupèrerait également des départements provençaux du sud Rhones-Alpes. Enfin, il y aurait une région occitane, la région du Massif Central, qui regrouperait l’Auvergne et le Limousin. Je pense qu’on aurait ainsi une articulation qui ne serait pas mauvaise. Quant au Pays Basque et à la Catalogne, ne peut-on pas imaginer une eurorégion transfrontalière ?

Dominique Baudis a déclaré qu’il ferait aussi campagne sur cette question de la fusion entre les trois régions du Sud-Ouest. Voulez-vous également
en faire un enjeu de campagne ?
Dominique Baudis devrait apprendre comment fonctionne l’Europe. Il se trompe d’élection et de calendrier. La réforme de la carte administrative sera discutée en septembre à l’Assemblée nationale, pas en juin en vue des élections européennes. S’il veut s’investir sur le débat territorial français, je suis son homme ! J’ai écrit beaucoup de choses ces derniers temps et c’est un débat très intéressant. Mais qu’on ne confonde pas tous les débats. C’est ce que j’appelle agiter un chiffon rouge pour attirer l’attention sur un sujet qui n’est absolument pas au centre de l’agenda européen. L’agenda européen, c’est lutter contre la crise. Est-ce qu’on continue avec les anciennes méthodes, c’est-à-dire la délocalisation et la casse sociale ? Ou est-ce qu’on envisage de nouvelles méthodes européennes en mettant au cœur du projet européen la solidarité, les services publics, l’excellence environnementale, et les relations nord-sud ? C’est ça, le 7 juin.

Propos recueillis par Sylvain Rolland, Elisa Perrigueur et Céline Le Breton
 

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