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Samuel Foutoyet : « La Françafrique : un décalage incroyable entre discours et réalité »

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Nicolas Sarkozy a évoqué le 26 mars, au Congo, la « relation trop souvent caricaturée comme opaque ou affairiste » entre la France et l’Afrique. Le président français a dit refuser la « liquidation d'une relation ancienne, fraternelle », mais a plaidé pour « une légitimité nouvelle » de cette liaison. L’Association Survie est l’une des instances françaises qui dénonce les dessous de cette politique de la Françafrique qui dure depuis 1958. Samuel Foutoyet, membre de Survie et auteur de « Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée » analyse le nouveau visage de la Françafrique sous Nicolas Sarkozy.

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"Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée", Samuel Foutoyet
Qu’est ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
Je suis depuis plusieurs années militant de l’association Survie. En 2007, lorsque Nicolas Sarkozy a fait des promesses de changement et de rupture de la politique africaine menée jusqu’ici , je me suis dit que ça valait le coup d’enquêter en détail sur le lien entre ses paroles et la réalité.

Quelles réactions a suscité la sortie de votre livre (en janvier 2009) auprès des politiques et de l’opinion publique ?
Les politiques n’ont pas vraiment réagi. L’opinion publique, en revanche, a très bien réagi ; pour faire connaître mon livre j’ai fait une tournée de conférence.

Les médias en ont très peu parlé...
...De manière générale, malheureusement, ils évitent tous les sujets politiques dérangeants, comme celui-ci. Mais heureusement, de plus en plus d’articles apparaissent ponctuellement. C’est le cas dans Le Monde Diplomatique, France Inter, Politis, la presse alternative…Il ne faut pas se cacher qu’il existe des liens entre les services secrets français et certains journalistes, même si heureusement, cela reste marginal. Il est difficile de dénoncer ça. François-Xavier Verschav, président de l’association Survie, avait essayé d’éclairer cette question dans son livre Négrophobie.

Vous faites un rapide bilan de la politique Françafricaine sous les présidents précédents. Lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, avec de nouvelles promesses, est-ce que vous aviez réellement l’espoir d’un renouveau pour cette politique moribonde ?
J’espérais un renouveau. Et ce renouveau, c’est que la Françafrique continue de manière décomplexée, très cynique. On a atteint un niveau sans précédent de décalage entre les discours et la réalité.
On entend des paroles extrêmement ouvertes sur la démocratie, sur les droits de l’homme, sur l’arrêt du détournement de l’aide au développement, l’arrêt des réseaux, des secrets…Dans les faits c’est l’inverse, on a une continuation du soutien aux pires régimes dictatoriaux du continent africain, les Omar Bongo (président du Gabon), les Denis Sassou-Nguesso (président du Congo)…

Nicolas Sarkozy a tenté une ouverture sur la politique Françafricaine, notamment avec l'arrivée de Bernard Kouchner qui connaît ce terrain...
Mais on a une absence de politique effective sur les droits de l’Homme. Bernard Kouchner ou Rama Yade sont muets sur les conflits les plus atroces, sur le détournement de l’aide au développement…
De plus, le secrétaire d’Etat à la coopération et à la francophonie, Alain Joyandet, considère que l’aide au développement, doit d’abord servir à nos entreprises françaises. Selon M. Joyandet, on peut certes aider les Africains, mais il faut d’abord que ça nous rapporte à nous, la France. Nous avons un décalage énorme entre réalité et discours. Même si Jacques Chirac était assez fort sur ce plan là, avec Nicolas Sarkozy, nous atteignons des sommets inégalés. De plus, le président a un lien très étroit avec Charles Pasqua, qui est l’un des monuments de la Françafrique des années 1980 - 1990.

Depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy, quelle est son action qui vous a le plus déçu concernant la Françafrique ?
Le discours de Dakar* (du 26 juillet 2007) m’a extrêmement choqué. Entendre un président Français tenir de tels propos, c’est révoltant. Une telle vision du continent africain, c’est atroce. Par ailleurs, je ne peux pas m’empêcher d'évoquer une deuxième action qui m’a déçue : le soutien à Idriss Déby (président du Tchad), en février 2008. Soutien militaire qui est insupportable quand on connaît vraiment ce régime sanguinaire. Idriss Déby est vraiment l’un des pires chefs d’Etat du continent.

L’association Survie est-elle plus active et radicale depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir ?
Elle l’est, dans la mesure de ses moyens. Survie regroupe 1700 adhérents et des budgets assez faibles. La Françafrique devient un sujet de plus en plus connu, mais on encore du mal à rassembler pour monter une opposition forte. Donc notre résistance principale est d’enquêter et d’informer pour essayer de dénoncer cette réalité encore méconnue par beaucoup de Français. Nous essayons de faire des actions spectaculaire. Par exemple, lors de la venue de chefs d’Etats africains, que l’on considère comme des dictateurs. Nous avons aussi mené l’action des « biens mal acquis » : dénoncer les fortunes immenses de certains chefs d’Etat africains qui ont à Paris des villas, des voitures de luxe, des comptes en banque importants…Alors que dans leurs pays les populations sont très pauvres. Ces chefs d’Etat sont souvent enrichis par des matières premières, qui profitent avant tout aux entreprises françaises. On essaie d’interpeller la population là-dessus, mais on aimerait faire plus.

Quels sont les projets de l’association Survie pour les mois à venir ?
Aujourd'hui (ndlr le 6 avril 2009), c'est la quinzième commémoration du génocide rwandais. L’association Survie, grâce aux enquêtes qu’elle a menées, a pu mettre à jour des complicités politiques et militaires entre la France et le Rwanda. Donc on va refaire un livre pour cette occasion pour reprendre les informations les plus marquantes. Nous allons essayer de faire dans toutes les villes où l’on est implanté des événements publics. Dans les mois à venir, nous allons également sortir une enquête détonante sur l’armée française en Afrique, sur sa présence sur le continent depuis 50 ans. On a encore d’autres enquêtes en cours, mais je ne peux pas vous dire quand est-ce qu’elles paraîtront, sachant qu’une investigation peut durer entre six mois, un an, voire plus…


Samuël Foutoyet sera à Toulouse le 30 avril pour une conférence-débat : Sarkozy et la françafrique à 20h30 salle Osette, 6 Rue du Lieutenant Colonel Pélissier.
 

*Extrait du discours de Dakar (26 juillet 2007) , tiré de Samuël Foutoyet « Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée », édition Tribord, 153 pages, 4,50 euros

« Le colonisateur est venu, il a pris il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources (…) qui ne lui appartenaient pas (…) Il a pris, mais je veux dire avec respect, qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges (…) La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux (…) Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vis est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès (…) La civilaisation musulmane, la chrétienté la colonisation, au-delà des crimes (…) commis en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’histoire ».

Association Survie Toulouse :
http://survie31.over-blog.com/
Survie France :
http://survie.org/
 

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