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Stéphanie Maséra, victime d'AZF : "Un combat de tous les jours"

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Sa vie a basculé le 21 septembre 2001. Stéphanie Maséra, jeune maman de 31 ans, est l’une des 2242 blessés de l’explosion de l’usine AZF. Elle a connu l’enfer et s’en est relevée. A l’heure du procès, elle attend la vérité. Entretien.
 
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Stéphanie Maséra. (Photo Sylvain Rolland)
Que faisiez-vous au moment de l’explosion ?

Je devais livrer un colis à l’usine AZF. J’étais garée à l’entrée A, je m’apprêtais à sortir de mon fourgon pour entrer dans le site. Il faisait beau, ma vitre était abaissée et je venais d’ouvrir la portière avec mon pied gauche. Puis j’ai vu passer à un mètre au-dessus de mon camion un rayon lumineux, rectiligne, qui a touché le bâtiment. Immédiatement, le souffle de l’explosion est arrivé sur moi. Je ne dois ma survie qu’au fait d’avoir ouvert en partie ma portière et ma fenêtre, car j’ai pu être éjectée de mon camion.

Vous souvenez-vous des moments qui ont suivi l’explosion ? Comment avez-vous été secourue ?
Ca a été long. L’usine a explosé à 10h17, mais je ne suis entrée au bloc opératoire qu’à 15 heures. Immédiatement après l’explosion, on se croyait en état de guerre : de la poussière et un silence de mort, entrecoupé de cris. Un jeune employé de l’usine, Christophe, est arrivé vers moi, complètement paniqué. Il a essayé de téléphoner à mon mari, mais le réseau ne marchait plus. Un routier, M. Sabatier, est arrivé ensuite et est allé chercher un employé de Grande Paroisse, qui m’a fait un premier garrot, ce qui m’a sauvé la vie. Je les remercie, ainsi que les pompiers et les services médicaux. Il y a eu un bel élan de solidarité.

Quelles ont été vos blessures ?
Je suis handicapée à 80%. Mon bras droit a été presque complètement arraché, je suis paralysée. J’ai eu un arrachement au niveau de la moelle osseuse, une artère sectionnée, 40 morceaux de verre autour du cou, un œdème cérébral, et beaucoup d’autres blessures et hématomes. J’ai subi trois opérations en quatre jours, et une quatrième l’année dernière. J’ai également un câble le long de la colonne vertébrale.

Comment vivez-vous au quotidien avec vos blessures ?
J’ai tout réappris : écrire, conduire, m’habiller, me maquiller, des choses toutes simples comme mettre des chaussettes… Faire les courses est un calvaire pour moi. J’ai dû m’équiper pour m’adapter à la vie quotidienne et rester le plus autonome possible. Plusieurs années de rééducation et d’ergothérapie m’ont permis d’apprendre à vivre avec la douleur, que je continue de ressentir. Les médecins m’ont implanté un boîtier antidouleur que je règle quand elle dépasse un certain seuil. C’est un combat de tous les jours depuis sept ans et demi. Il faut parfois laisser son amour-propre de côté et accepter de l’aide.

Comment votre entourage a-t-il vécu ce qui vous est arrivé ?
Ils ont toujours été présents. Quand j’étais à l’hôpital, j’avais quelqu’un avec moi jour et nuit. Je remercie de tout cœur mon mari, mes enfants, mes parents, ma belle-famille et les amis qui sont restés. Mon mari a été comme un coach pour moi. Au début, on garde l’espoir de redevenir valide. Il faut faire le deuil de la personne qu’on était avant. Le plus dur, c’est de s’accepter.

Le regard des autres a-t-il changé ?

Le regard de mes proches n’a pas changé, mais celui des inconnus peut être blessant. Je me rappellerai toujours un moment : le jour de ma sortie de l’hôpital. J’étais avec mon mari et mes parents, je devais aller acheter des lunettes. Je voulais aussi ramener quelque chose à mes filles. Dans la rue, les gens me regardaient comme si j’étais un monstre. Le plus choquant, c’était le regard des adultes, pas celui des enfants. Ca fait mal. Par contre, mes filles m’ont sauté au cou quand je suis rentrée.

Avez-vous été approchée par des associations ?
Grande Paroisse m’a retrouvé au bout de trois semaines, car l’homme qui m’a fait le garrot venait de chez eux. Mais comme beaucoup d’autres victimes, j’ai été laissée dans l’ombre. Aucune association d’aide aux victimes ne m’a contacté en sept ans. Moi, j’étais en état de survie, je ne pouvais pas combattre pour autre chose. De plus, je ne veux pas en faire partie, surtout quand je vois les combats de coqs entre les différentes associations.

Avez-vous été indemnisée ?
Cela vient de se terminer. Les procédures sont très longues. Comme j’ai choisi de ne pas faire partie d’associations de victimes, c’est encore plus compliqué. Par exemple, je n’ai reçu mon macaron handicap que le 31 décembre 2008… Mais le plus grave est que je n’ai jamais été approchée pour témoigner dans le cadre de l’enquête. L’instruction a été bâclée. C’est pour cela que je me suis constituée partie civile pour le procès. Je suis appelée à comparaître deux fois, en tant que victime et en tant que témoin.

Pourquoi est-ce si important pour vous de témoigner ? Que voulez-vous apporter à l’enquête ?
Je n’ai pas été écoutée, par personne. Vu ce que j’ai vécu, je considère que je devais être entendue. J’étais à seulement 100 mètres de l’explosion. On aurait dû se demander ce qu’avait à dire la conductrice du fourgon enregistré sur les lieux.

Qu’attendez-vous du procès ?
Je veux témoigner. Je veux comprendre ce qui s’est passé. Je ne réclame rien, sinon des réponses. Mais je ne pense pas que le procès fera la lumière sur l’explosion.

Aujourd’hui, comment allez-vous ?
J’ai connu l’enfer, j’ai touché le fond. Mais compte tenu de ce que j’ai vécu, je vais très bien. J’ai conscience de ce que j’ai failli perdre. Je vis ma deuxième chance.
 

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