Amphi 8, mardi matin, sur le campus de l'université Toulouse II Le Mirail. Les étudiants reconduisent le blocage à une large majorité.
« Il n’y a plus de pilote dans l’avion ! Absolument personne ne sait comment les examens vont se dérouler. » Alain Boscus, professeur d’histoire en grève contre la loi sur l’autonomie des universités, résume le sentiment général, mardi matin, après l’assemblée générale des étudiants du Mirail. Alors que le blocage vient d’être reconduit à une large majorité, jusqu’au 5 mai, on commence à se poser beaucoup de questions sur la validation du deuxième semestre. Tant du côté des étudiants que des professeurs.
Il faut dire que la présidence de l’université reste plus que discrète sur les différentes hypothèses de validation du second semestre. Pourtant, un calcul simple permet de le comprendre : les examens du deuxième semestre pourront très difficilement avoir lieu avant septembre. Et bien plus tard pour la session de rattrapage. « Il est évident que le calendrier initial, qui prévoyait une première session d’examens à partir du 18 mai, est caduc. Nous travaillons maintenant sur différents calendriers de report, explique la présidence. Mais, sur les douze semaines de cours que compte un semestre, huit sont obligatoires. C’est la loi. » Deux seulement ont été assurées jusqu’ici, avant le début du mouvement de grève. Il reste donc six semaines à rattraper.
En clair, en admettant que le blocage soit levé dès le 5 mai et que les cours reprennent la semaine suivante, la première session d’examens ne pourra avoir lieu avant la dernière semaine de juin, et ce, sans la semaine de révision prévue en tant normal. Mais, pour la plupart des professeurs, il n’est pas question de travailler tout l’été pour corriger les copies. Ni de donner des cours en juillet et en août. Ce qui pourrait, en passant, repousser l’échéance des examens au-delà de septembre, si le blocage se poursuit.
Pas de validation automatique
En outre, ce scénario est conditionné par un règlement très rapide du conflit. « Nous travaillons avec les syndicats d’étudiants et du personnel. Mais nous sommes dans l’impasse », reconnaît la présidence. Quant à la validation automatique du semestre, sans passer d’examens, « nous nous y refusons. Nous ne donnerons pas de diplôme au rabais, précise la présidence. Et même si l’université l’acceptait, les diplômes que nous délivrons sont des diplômes d’Etat soumis à une double validation. Le ministère ne validera pas un semestre sans examens. » Le même problème risque de se poser dans quelques-unes des universités encore perturbées. Une vingtaine (sur quatre-vingt-trois), selon le ministère de l’enseignement supérieur.
Le risque de recevoir des diplômes au rabais, c’est l’argument qui est aussi repris par beaucoup d’étudiants grévistes qui veulent aller jusqu’au bout. « Cela ne sert à rien de débloquer maintenant pour avoir des diplômes qui ne valent rien, explique Marlène, porte-parole de l’assemblée générale des étudiants. Le gouvernement finira bien par céder. »
Autre proposition, émise par les étudiants en assemblée générale et certains enseignants : la remise de dossiers pour chaque cours, qui se substitueraient à des examens. Une alternative également écartée par la présidence.
Alors, dans cette foire aux hypothèses, certains étudiants imaginent le pire. « Ils peuvent aussi ne donner le semestre à personne et faire redoubler 22 000 étudiants. Il faudra alors tout commencer », s’inquiète Isabelle, étudiante en histoire de l’art. Mais alors que faire des nouveaux étudiants ? « Plus personne ne veut venir au Mirail de toute façon, ironise-t-elle. Chaque année, c’est pareil… »




