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Jacques Viguier acquitté en première instance

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Jeudi 30 avril, à Toulouse, le professeur de droit était acquitté du présumé meurtre de sa femme Suzanne en 2000 et dont le corps n’a jamais été retrouvé. Le parquet a fait appel.
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Jacques Viguier lors de son procès en première instance. (Photo AFP)

A-t-il commis un homicide volontaire ? A-t-il commis des violences volontaires ? Ces violences ont-elles entraîné la mort sans intention de la donner ? À chacune de ces trois questions, les jurés ont répondu « non ». Au terme d’un procès de neuf jours qui a fait débat et passionné les foules, le verdict est donc tombé : acquittement. A la sortie du Tribunal, Un homme éprouvé nous accorde ces quelques mots : « Je remercie mes avocats, mes amis et toute ma famille. Maintenant, je vais profiter de mes enfants. »

Rappel des faits

Jacques Viguier, professeur de droit, et sa femme Suzanne professeur de danse sont mariés depuis 11 ans lorsqu’en 1995, l’épouse découvre les infidélités de son mari. À compter de ce jour, le couple part à la dérive. Suzanne décide alors de faire chambre à part jusqu’en 1998, date à laquelle elle rencontre Olivier Durandet, celui qui deviendra son amant. Le 27 février 2000 au matin, Suzanne Viguier de retour d’un tournoi de tarots est déposée chez elle par son amant à 4 heures 30. Son mari l’entend rentrer. À ce moment-là, rue des Corbières, les pistes se brouillent puisque personne ne reverra Suzy. Ainsi débute l’affaire Viguier. Très vite les soupçons vont se tourner vers le mari. En effet, 24 heures après sa disparition, l’amant s’affole, prévient la police et accuse sans preuve Jacques Viguier de l’avoir assassiné. Le professeur de droit quant à lui attendra 3 jours avant de déclarer une « disparition inquiétante », suivi d’une recherche dans l’intérêt des familles (RIF). Il prétextera ne pas s’être inquiété plus tôt, le couple étant en crise. La police reste alors très étonnée par l’attitude particulièrement détachée du mari et découvre des éléments à charge. Suzanne était sur le point de le quitter et avait rendez-vous le lendemain de sa disparition avec un avocat, or Jacques était opposé à ce divorce. Une information judiciaire est alors ouverte. Le Parquet saisit le Service Régional de Police Judiciaire (SRPJ) et le juge d’instruction convoque les protagonistes. Troublée par l’attitude désinvolte du mari, la police scientifique décide de perquisitionner la maison. Elle découvre alors des microtraces de sang du couple, le sac de la disparue avec ses clés et ses lunettes dans une armoire et remarque un détail étonnant : l’absence de matelas du clic-clac dans lequel dormait Suzy. Dès lors des contradictions s’enchaînent. Jacques Viguier dit d’abord s’en être débarrassé la veille dans une décharge. Il explique que sa femme y dormait mal. Puis se reprend et évoque des relations extra conjugales qu’elle aurait pu avoir. A partir de cet instant, la police se rend sur les lieux pour trouver le matelas. La recherche sera finalement infructueuse suite à un incendie criminel. Élément pour le moins troublant. Jacques Viguier est alors mis en examen pour assassinat et ne passera jamais aux aveux. Bien au contraire il clamera haut et fort son innocence pendant neuf ans. Par la suite, son avocat, Maître Catala déplorera une enquête « bâclée » et des policiers « aveuglés » par les déclarations de l’amant. Selon lui, d’autres pistes auraient dû être exploitées, notamment celle de la fugue. En effet, un témoin déclare avoir aperçu une femme entrer dans un taxi, garé devant la maison de Suzanne, le matin de la disparition. De même ses papiers d’identités sont retrouvés quelques semaines plus tard dans une rue de Toulouse.

Le procès

Neuf ans après le drame, ses enfants soutiennent toujours leur père et ne croient pas à sa culpabilité, tout comme la mère de la disparue. Les parties civiles sont divisées dans ce procès. L’une soutient le professeur, l’autre l’accuse du meurtre. Pour l’avocat général maître Gaubert, sa culpabilité ne fait aucun doute « des présomptions très graves, très précises, très concordantes. Toutes additionnées, ça fait une certitude ». Quant à Me Bérangère Froger, avocate de Clémence, fille aînée de Jacques Viguier, « elle voulait la certitude que toutes les pistes avaient été explorées». Tout au long du procès, les qualifications ont été revues : nous sommes passées d’une qualification d’assassinat (perpétuité), à meurtre (30 ans) puis à coups et blessures ayants entraînés la mort (15 à 20 ans). Ces retournements de situations sont liés à la défense particulièrement efficace des deux avocats de l’accusé, Me Catala et Me Leclerc. Ce dernier a d’ailleurs conclu la plaidoirie par ses quelques mots : «Personne ne peut dire avec certitude que Jacques Viguier a tué sa femme. Dans ces conditions, vous devez l'acquitter». D’ores et déjà le parquet a fait appel.

Solange Droual
Emmanuel Santelli
 

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