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Rio Loco : « l’Afrique du Sud en 2010 »

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Pierre Jaouen est l’un des programmateurs musicaux de Rio Loco. S’il se garde de faire un bilan de cette semaine de festival achevée le soir de la fête de la musique, il annonce déjà les grandes lignes de la future programmation.
Pierre Jaouen, titulaire d'un DESS en droit de la propriété intellectuelle, a été bénévole puis saisonnier en 2005, avant de devenir l'un des deux programmateur du festival. Photo Pierre Duquesne.
Comment expliquez-vous que de grandes stars au maghreb soient si peu connues en France ?
Il est dommage que Khaled n’ait été connu en France qu’à partir du moment où il a chanté une chanson de Jean-Jacques Goldman, alors qu’il est le représentant du style oranais en matière de raï. L’histoire entre ces pays et le nôtre, qui fut commune et parfois douloureuse, est peut-être un début d’explication.
Par ailleurs, une artiste comme Najat Aatabou, par exemple, fait des gros cachets au Maroc ou au Moyen-Orient et n’a pas forcément besoin de se faire connaître ailleurs. Et puis, quand ces musiciens viennent en France, c’est souvent par un autre réseau, souvent communautaire, pour des concerts organisés par des associations ou autour de radio comme Beur FM.
Donner des concerts en France est aussi plus difficile pour les artistes maghrébins, en termes d’organisation et de coût. Pour y faire face, Najat Aatabou, par exemple, chante avec deux groupes, l’un basé en France et l’autre au Maroc. Pour son concert, jeudi soir, il a été très difficile d’obtenir des visas pour trois de ses choristes. Parce qu’elles sont jeunes et célibataires, ces femmes représentaient pour les autorités françaises des risques d’immigration clandestine, alors qu’elles répondaient à tous les critères demandés.

Le festival Rio Loco est-il en concurrence avec d’autres festivals, qui ont tendance à devenir de grosses machines commerciales ?
Il existe toujours une concurrence, ne serait-ce que dans l’aspiration à rayonner, à capter des partenaires ou à attirer de gros médias. Mais Rio Loco est un festival thématisé, ce qui est assez rare. Et puis nous fonctionnons en régie municipale. Ce n’est pas une association qui organise le festival mais la mairie de Toulouse. Ce n’est pas neutre. Nous recevons les musiciens, le public et les partenaires au nom de la municipalité. Il s’agit donc d’une bonne vitrine pour la ville. Ce statut permet surtout de faire de vrais choix : imposer un thème comme le Maghreb, qui a une portée politique, ou maintenir une politique tarifaire autour de 5 euros, sans soucis de rentabilité, attirant un public de toute origine sociale.

Justement, on a vu apparaître cette année un nouveau public, populaire et d’origine maghrébine. Comment l'expliquez-vous ?
Il y a peu d’événements majeurs autour du Maghreb alors que nous avons des liens forts, une histoire et une culture partagée avec ces régions du Nord de l’Afrique. Une partie du public revient chaque année pour l’exigence artistique du festival et découvrir des artistes. Je ne doute pas qu’une part de ce nouveau public reviendra pour les prochaines éditions.
L’important c’est de mêler les publics, c’est pourquoi nous avons organisé un concert à la Reynerie. Nous avons entendu des rumeurs quand nous avons annoncé le thème du Maghreb. Avec un festival, on ne peut pas vaincre les discriminations mais, à notre petite échelle, on cherche aussi casser des stéréotypes, et prendre en compte une population dans la richesse de sa culture.

Cette année le groupe de rap H Kaynes a joué avec un groupe de musiciens toulousains, Justin Adams s’est intégré le temps d’une soirée à la formation de Najat Aatabou, sans oublier les duos entre Erik Truffaz et Mounir Troudi ou de Archie Shepp et le Dar Gnawa de Tanger. Ces rencontres sont-elles la nouvelle marque de fabrique du festival ?
Non ce n’est pas nouveau. Dès que c’est possible, nous cherchons à créer quelque chose de nouveau et d’inédit. Nous lançons des pistes et nous interrogeons les artistes. Après cela ne dépend que d’eux, s’ils sont réceptifs ou pas. S’ils le sont, nous mettons tout en œuvre pour que cela se passe le mieux possible. Le résultat, c’est la scène qui le donne.

Comment sont choisis les artistes programmés pendant le festival ?
Nous suivons notre ligne de conduite : présenter un instantané de la richesse de la musique d’une région, sans afficher la seule musique folklorique. A l’inverse, nous n’allons pas inviter un groupe de rock’n’roll du Maghreb s’il sonne trop anglo-saxon.
Pour trouver les groupes, nous partons tous azimuts et cela devient un véritable jeu de piste. Je ne prétends pas être spécialiste de la musique maghrébine et j’effectue donc des recherches sur internet, en utilisant par exemple les sites comme My Space. Nous allons dans les salons professionnels comme le World music expo. Nos réseaux sont sollicités et nous nous appuyons sur des personnes ressources auprès de qui nous demandons conseil. Des partenariats, comme cette année avec l’Institut du monde arabe constituent des puissant relais pour contacter certains artistes : pour le projet Casbah club, il nous a suffi d’un coup de fil pour contacter un artiste comme Abdelkader Chaou.

Le thème de l’année prochaine a-t-il été choisi ?
Oui, le prochain Rio Loco sera consacré à l’Afrique du Sud.

Cela ne va-t-il pas être difficile d’organiser ce Rio Loco au même moment que la Coupe du monde de football qui se déroule en Afrique du Sud ?
Nous n’y avons pas trop pensé pour le moment, mais nous préparons la prochaine édition depuis que ce thème a été décidé, en février dernier. Nous avons déjà identifiés une centaine de projets musicaux. Il faut environ 300 propositions pour programmer une vingtaine de concert. Pour des groupes très demandés, il faut s’y prendre avec beaucoup d’avance. Johnny Clegg a déjà été contacté et il est venu visiter le site jeudi.

Propos receuillis par Pierre DUQUESNE.
 
Commentaires (3)
3 Dimanche, 14 Mars 2010 14:50
Bravo aux organisateurs de ce festival magnifique.
Je l'ai découvert l'an dernier et je souhaite vivement qu'il puisse s'inscrire dans la durée. C'est bien de genre d'évènements ouverts sur la musique d'autres continents qui font la richesse et la diversité culturelle d'une ville. Bravo pour cette esprit d'ouverture et d'échange, longue vie à Rio Loco

Je me réjouis d'y voir cette année un artiste de la qualité de Johnny Clegg, qualité musicale mais aussi qualité humaine et engagement politique pour son pays.

François

2 Mercredi, 13 Janvier 2010 14:17
Bonjour,

Je pars en RSA le 24 janvier jusqu'au 2 mars 2010. Je viens d'apprendre que cette année Rio Loco invite l'Afrique du Sud chez nous. Je vous remercie très fort de cette initiative. Je ne pense pas manquer une goutte de ce festival, quitte à y laisser ma santé ou prendre des congés (plus simple).

En attendant le mois de juin, je vais déjà me régaler sur place et engranger un maximum d'images et de sons.

Cordiales salutations

Marie-France Clavé

1 Mardi, 07 Juillet 2009 11:25
Johnny Clegg sera-t-il à la Prairie des Filtres en juin 2010 ?
Rio Loco est-il en danger ?
Les Amis de Rio Loco, devant l'émotion suscitée par les informations données aux médias sur la politique municipale en direction du festival Rio Loco, demandent à la municipalité un engagement précis en faveur de la pérennisation du festival sur au moins 3 points, le budget, les emplois, la liberté de programmation :
. le ramener à son budget 2008 (celui de 2009 a déjà perdu 15%)
. réintégrer les 4 salariés qui ont perdu leur poste (programmation musique, arts visuels, communication, partenariat/développement durable) en pleine préparation de l'édition 2010 sur l'Afrique du Sud et remplacer les absences pour congé maternité.
. assurer la liberté des choix artistiques.

Ils organisent une conférence de presse mardi 7 juillet à 14H30 au Dar Diaf (10 rue Maletache, métro Carmes) autour d'un café ou d'un thé à la menthe en présence de :
Dick Annegarn (auteur-compositeur-interprète, membre du Conseil d'Administration d'ImpresaRio /club des partenaires du Rio Loco), Jean François Daviaud (photographe, Manifesto), Jean-Henri Meunier (cinéaste), Patrick Riou, (photographe), Francis Saint-Dizier, (président des Rencontres des Cinémas d'Amérique Latine), François Simon, (médecin), Mohammed Habib Samrakandi ( Directeur de la Revue Horizons Maghrebins/ Université de Toulouse II – Le Mirail), Bernardo Sandoval, (auteur-compositeur-interprète, président d'ImpresaRio), Christian Thorel (Ombres Banches), Mokhtar Zagzoule (musicologue et professeur de physique à UPS).
lesamisderioloco@gmail.com

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