Photo Ali Bekhtaoui
Depuis la sortie de son nouvel album « Planet Paprika », en août, Stefan Hantel, de son vrai nom, parcourt l'Europe. « Je fais des allers-retours entre l'Allemagne et les pays où on se produit. Parfois, quand je me retrouve dans un aéroport à 5h du matin, je me dis quand même que je préfèrerais être dans mon lit. Mais j'aime trop ça pour m'arrêter ! »
Sur scène, l'artiste est reconnu pour ses talents de « performer ». Il est incontrôlable, presque envouté. L'homme, lui, est plutôt introverti. Stefan Hantel est posé, calme, presque trop sérieux. « Je ne fume pas. Je trouve ça chiant de boire. Je n'ai pas besoin de cocaïne. Ma drogue, c'est la musique », confie-t-il.
Une drogue qu'il prend au moins trois fois par semaine, dans une ville européenne différente. C'est le rythme de ses concerts explosifs où le chanteur pose ses refrains un peu loufoques sur le son remixé des cuivres et de l'accordéon de son orchestre, le Bucovina club orchestar. A mi-chemin entre l'electro et la musique du monde, le résultat est unique. Et a fait petit à petit le succès de Shantel.
En quelques années, celui qui a réussi ce savant mélange lorsqu'il était encore DJ dans les bars de Berlin est devenu producteur et créateur de label. C'est lui qui a révélé des groupes comme Balkan beat box. Une success story sans faille. « J'ai commencé, je n'avais rien. J'ai tout construit tout seul. »
"Je m'en fous d'être l'icône des Balkans"
C'est en Turquie, il y a trois ans, qu'il est devenu une star, à presque quarante ans. Ses airs entraînants propulsent rapidement Shantel en tête du box office turc. Il tournera d'ailleurs le clip de son tube « Disko Partizani » dans la capitale ottomane. « Là-bas, les gens se souciaient plus de ma musique que de là où je venais. C'est pour ça que ça a tout de suite marché. »
Né de parents juifs aux origines roumaine du côté de sa mère et grecque du côté de son père, Shantel est conscient qu'il pourrait constituer le symbole d'une Europe élargie. « Mais je m'en fous complètement d'être l'icône des Balkans. Je suis simplement un allemand débile qui essaye de faire de la musique. »
Photo Ali Bekhtaoui
Un message qui sonne presque comme un appel politique « J'essaye juste de montrer l'humanité dans ce qu'elle a de plus pure, sans nationalités. C'est le sens de ce nouvel album Planet Paprika, à force d'entendre toujours la même question : "d'où venez vous ?". Moi, je réponds : "n'essayez pas de construire une identité avec un passeport." »
Etendu sur un fauteuil, Shantel se confie, détendu. Il raconte les difficultés d'obtention de visas auxquelles font face les membres de son orchestre, venus de toute l'Europe de l'Est. Il a presque oublié que deux heures de show l'attendent. « Désolé je parle trop. » Il nous raccompagne tranquillement. « Je laisse la porte ouverte. J'attends des amis français qui seront là ce soir. »





