Photo Constance Thieux
En effet, les « cartons » dont elle a signé les textes n’ont pas fait sa fortune. « A l’époque, on ne disait pas à la Sacem qui était l’auteur d’une chanson. Et puis, dans nos têtes, c’était honteux de gagner de l’argent en étant artistes. Avant de penser argent, on voulait secouer la bourgeoisie. Alors, j’étais au RMI et je vivais dans des squats. Maintenant, c’est fini, je refuse d’être esclave. »
« J’étais trash »
Après avoir sorti deux albums sous le nom de Gina et l’Orchestre, elle met un point final à l’aventure parisienne en 1995. Elle reconnaît qu’il y avait « pas mal d’embrouilles. Mais on savait pourquoi on se foutait sur la gueule. » Logiquement, les instigateurs du mouvement ont ressenti le besoin de respirer. Il était temps que cela s’arrête pour tout le monde. Gina la première. « Le mouvement a été douloureux pour moi. J’étais trash, folle et j’envoyais chier tout le monde. C’était dans ma tête, c’était mes vieux démons. Pourtant, aujourd’hui, les gens me disent que ce que je faisais, c’était du génie. Mais au sein des groupes, on ne me le disait pas, alors je n’en prenais pas conscience. »
A la fin du mouvement, chacun est retourné à sa place. Gina, elle, est devenue romancière. « J’étais dans la merde, alors je me suis dit que ce que je savais faire, c’était écrire. Je me suis mis dans les bouquins parce que plus personne ne voulait travailler avec moi dans la chanson. » Les compagnons de joies et de galères se montrent alors moins présents. « J’ai des nouvelles de certains. Manu (Chao), c’est plus compliqué. C’est une star mondiale. Je ne le vois plus. On s’est juste revus il y a quelques années. Il m’a sauté dans les bras. Il sait que si un jour il est dans la misère, il peut frapper à ma porte, il est le bienvenu », dit-elle entre ironie et sincérité.
En 2001, elle décide de tout plaquer. Fini Paris, bonjour Toulouse. Pour vivre, elle enchaîne les « boulots de prolos. Mais je suis une musicienne frustrée et je dois dire que Toulouse m’a réconciliée avec mon passé. »
« Je reprends la route que j’avais abandonnée »
Alors, celle qui assume totalement son côté « mégalo » a repris sa carrière artistique en main. « J’aime la scène, prendre le micro. » Avec ses acolytes pianistes que sont Daniel Masson et Jérôme Vaccari, elle retrouve un public multi générationnel dans des concerts mêlant chansons et anecdotes. « Je suis provoc’ mais pas trash. J’ai envie de balancer de l’amour et de la tendresse. J’essaye de dire les choses drôlement. »
Elle qui était habituée à programmer ses concerts quinze jours à l’avance planifie son agenda jusque 2011 et ne boude pas son plaisir. « En concert, on part à trois dans la 106. On revient chacun avec 160 euros net dans les poches. C’est bien. Je reprends la route que j’avais abandonnée. Avec le temps, je me dis que c’est mieux d’être une artiste mâture. Oui, en fait c’est un métier pour les vieux. Pour rien au monde je reviendrai à mes 20 ans ! Quand on est jeune, il nous arrive des merdes mais on recommence quand même. »
Et elle sait de quoi elle parle. « C’est une délivrance pour moi de vieillir. C’est juste dommage que les mecs de ma génération soient aussi cons. A mon âge, je gère mon business moi-même, sans être dépendante des gros requins (les maisons de disques et les tourneurs, ndlr). Mais j’ai des titres en téléchargement gratuit sur internet et ça me fout les boules. Par contre, les gens peuvent télécharger Manu Chao tant qu’ils le veulent ! »
Gina, en concert au Bijou, les 5 et 6 novembre 2009.
Dates et infos : www.myspace.com/ginaleretour





