Telle est l'impérieuse question à laquelle trois grandes figures du journalisme, Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel, veulent répondre dans un livre éponyme.
Le journalisme traverse une grave crise. Une crise liée à l'économie, mais pas seulement... Disons-le, le discrédit s'abat sur le métier depuis plusieurs années. Accusé d'avoir une vision hautaine, de se sentir au-dessus de la mêlée, d'adopter une attitude de surplomb, de donner des leçons, le journaliste finit par apparaître comme un affidé des « élites dirigeantes ». Dans ce marasme-là, Philippe Gavi, co-fondateur de Libération, recueille, tour à tour et sous forme d'interview, l'avis de trois figures paternelles du Journalisme.
« De la méfiance et de la confiance »
Serge July, fondateur de Libération et premier intervenant du livre, n'hésite pas à souffler le chaud et le froid, tout en se voulant généralement optimiste. En appuyant ses arguments de plusieurs faits (le suicide de Bérégovoy, l'affaire Mazarine...), il avoue « éprouver à la fois de la méfiance et de la confiance » vis-à-vis des journalistes. Il pointe les « bons » et les moins bons, en insistant furieusement sur le « besoin de journalistes au sens plein du terme capables de remettre les choses à leur vraie place ». A l'heure « où les médias de flux ne s'arrêtent jamais », où « les informations se poussent et se chassent les unes, les autres », tout simplement, à l'heure où « tout est com' ».
Jean-François Kahn, créateur de L'Evènement du Jeudi et de Marianne, attaque « la pensée unique ». Cette bien-pensance qui, selon lui, gangrène « toutes les rédactions de France. Les journalistes pensent tous la même chose ! ». Pourfendeur, le journaliste dénonce le paroxysme de pensée unique qu'a été la défense mordicus du « oui » au réferendum de la constitution européenne de 2005 par tous les journalistes. Alors que le peuple, lui, a voté « non ». JFK relève aussi la duplicité des journalistes engagés politiquement et qui ne dévoilent pas leurs convictions. Et de citer l'exemple de Catherine Pégard, ex-journaliste au Point ayant couvert la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy... avant de le rejoindre comme conseillère.
Dernier intervenant, et pas des moindres, Edwy Plenel, ancien directeur du Monde et fondateur de Mediapart, expose son combat. Un « combat pour une presse libre », une presse indépendante et plurielle. Le journaliste aime à invoquer et évoquer les grandes plumes et grands penseurs que sont Victor Hugo, Hannah Arendt ou Albert Camus. Son ambition est de convaincre de la nécessité pour le journaliste de s'en tenir à sa « seule et unique compétence : la vérité de faits. Dire toutes ces petites vérités sans lesquels il n'y a pas de monde commun ». Si le journaliste ne « respecte pas [ce] rôle », il mérite alors d'être décrédibilisé.
Des sujets à méditer
Outre leurs réponses à la question-titre, chacun des trois protagonistes témoigne de son temps, raconte la censure des années 60, évoque ses relations ambigües avec le pouvoir, conseille, propose...
Ceux qui connaissent les trois journalistes ne seront pas surpris par leurs propos. Ils les trouveront cohérents avec le personnage. Ceux qui ne les connaissent pas, trouveront dans ce livre des sujets à considérer, à penser et à méditer.
Faut-il croire les journalistes ?, S.July, J-F Kahn, E.Plenel, édition Mordicus, 13,50€, 166 pages.





