Une fois à Copenhague, Matthieu Monceaux participera à la grande manifestation des militants écologiques prévue le 12 décembre en marge du sommet de l’ONU sur le climat. Photo Boris Marois
La réponse ne se fait pas attendre. Couché sur un drôle de vélo, le héros du jour déboule sur les pavés du Capitole, provoquant la liesse de l’assistance. A peine a-t-il posé pied à terre que Matthieu Monceaux est assailli par les journalistes. Bombardé de questions, ce grand brun svelte de 32 ans au regard timide et à l’allure d’ado semble un peu perdu.
Il répond cependant poliment aux interrogations sur son projet un peu fou : rallier à vélo le Danemark où se tiendra le 12 décembre à Copenhague le Sommet de l’ONU sur le climat.
« Je considère que le Sommet de Copenhague est un des enjeux les plus importants du siècle », commente Matthieu d’une voix douce.
Une philosophie de vie
Les questions redoublent d’intensité : « Mais pourquoi ce voyage ? Pourquoi y aller à vélo ? » La réponse de l’intéressé est d’une limpidité déconcertante : « Pour montrer qu’on peut se déplacer très loin autrement qu’en voiture. » Cette petite phrase résume bien le combat de Matthieu Monceaux. Pour cet écologiste convaincu, la voiture est loin d’être une nécessité. Il n’en n’a d’ailleurs jamais eu. Qu’on ne se méprenne pas : Matthieu Monceaux n’a rien du « bobo écolo » voguant sur la vague de l’anti-voiture histoire d’être à la mode.
Au contraire, ce jeune homme natif de Douai s’est progressivement construit une philosophie de vie en tentant de s’éloigner le plus possible du modèle capitaliste.
Il suffit de l’interroger sur ses revenus pour s’en convaincre. Détenteur d’un DUT génie électrique et informatique industrielle, Matthieu Monceaux vit avec 450€ par mois en travaillant deux mois par an en intérim, y compris les quelques droits d’auteurs de son livre Un vélo couché à la découverte du monde*. « C’est un choix, affirme-t-il. Travailler plus ne me servirait pas à grand-chose. Je limite juste ma consommation. Il y a tellement de choses qu’on peut faire soi-même plutôt que d’acheter. Un exemple tout bête : je fabrique moi-même mes yaourts. Et puis travailler pour consommer, c’est une perte de temps. »
"Simplicité volontaire"
Plutôt que de défendre le principe de décroissance, ce « timide introverti assez courageux » (c’est ainsi qu’il se présente sur son site internet) préfère parler de « simplicité volontaire. » En d’autres termes, lutter contre la surconsommation.
Le déclic se produit lors de son tour du monde entre 2002 et 2004. Un périple de 44 000 km réalisé en 27 mois avec un vélo couché qui a été notamment écrabouillé par un camion au Salvador, ce qui n'a pas empêché Matthieu de boucler son tour du globe au guidon d'une nouvelle monture. « J’ai eu une prise de conscience : la volonté de consommation est universelle. Où que je sois allé, tout le monde voulait une télé, une voiture. J’ai réalisé qu’on courrait à la catastrophe écologique si les 1,3 milliards de Chinois avaient une voiture. »
De retour de ce voyage initiatique dont il a tiré un livre, Un vélo couché à la découverte du monde, le cycliste globe-trotter s’installe à Toulouse et s’investit dans plusieurs associations écologiques.
« Mon action ne va pas changer le monde »
Lorsqu’on l’interroge sur l’utilité de son périple jusqu’à Copenhague, il répond sans ambages. « Je suis réaliste ; j’ai très peu d’espoir pour un changement des mentalités et je sais bien que mon action ne va pas changer le monde. Mais j’estime qu’il faut le faire. »
Tout au long de son trajet, le cycliste va essayer d’aller à la rencontre des gens même si « c’est difficile ». Et de confier dans un petit sourire penaud : « Il faut dire que je m’y suis pris assez tard pour organiser mon voyage ! »
Sur quoi, Matthieu jette un coup d’œil à sa montre. Treize heures. Il lui faut partir, le compte à rebours pour la sauvegarde de la planète a déjà commencé. Sans compter les 2500 km qui l’attendent, à l’aller comme au retour.
*Un vélo couché à la découverte du monde, Editions Nord Avril, 2006





