Abdellatif Mellouki, élu régional du Conseil français du culte musulman. (Photo archives DDM)
Pour Rio Loco, si la mairie avait organisé un festival sur la musique portugaise ou brésilienne, il y aurait eu également une très forte présence d’immigrés portugais et de drapeaux du Portugal au festival. Le drapeau en lui-même, ça n'est pas très grave. C'est tout ce qui se passe autour qui pose problème. Brandir le drapeau algérien un soir de match, ce n'est pas défendre l'Algérie mais l'équipe nationale algérienne, c'est différent. Lors de la coupe du monde, en 1998, tout le monde est descendu dans la rue, sans distinction d'origines. Je pense vraiment que ce match était un match spécial, qui a rassemblé le peuple algérien contre l’Egypte mais en aucun cas contre la France. Les circonstances et le contexte dans lequel ce match s’est joué ont uni le peuple algérien comme jamais le gouvernement n’a réussi à le faire en 40 ans. C’est pour cela que tant de drapeaux étaient de sortie.
Pourquoi brûler des voitures à Toulouse, si c’était contre les Egyptiens ?
C’était une réaction exagérée. Moi-même, je suis marocain. Mais j’ai rencontré plein d’Algériens qui n’étaient pas contents de cette situation. C’est malheureusement une réaction de la minorité qui alimente l’extrême droite. J’aurais aimé que ce soit moins visible, je condamne toutes les voitures brûlées. Il faut que les gens soient respectueux.
Vous qui êtes le vice-président de la maison de quartier de Bagatelle, ne constatez-vous pas, au quotidien, un repli de plus en plus marqué de certaines communautés sur elles-mêmes ?
S’il y a un communautarisme à Toulouse, il n’est pas choisi. On a imposé à des populations de se retrouver ensemble dans un même quartier. C’est un communautarisme social plus que racial ou ethnique. Ce sont simplement des gens qui sont dans une situation sociale difficile qui se retrouvent ensemble. C’est la pauvreté qui fait que l’écart se creuse entre les communautés. Mais à Toulouse, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire à ses enfants : "la France n’est pas notre pays". Je considère qu'ici, l’intégration a réussi. Il faut simplement du temps. Rien n’est parfait.
Etes-vous satisfait de la politique de la nouvelle équipe municipale en direction des quartiers difficiles ?
C’est trop tôt pour juger. On n’en voit pas encore le résultat. Mais ce qui est sûr, c’est que depuis 2001, il n’y a aucune avancée dans le Grand projet de ville (un projet de restructuration signé en 2002 qui concerne neuf grands quartiers d’habitats sociaux à Toulouse, ndlr).
Propos recueillis par Pierrick Bonno et Paul Perié.




