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En vie, mais à quel prix ?

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Christian Pirès apprend sa séropositivé en 1987. Aujourd’hui âgé de 49 ans, il raconte son combat contre la maladie.

« Les médecins m’ont dit : « Lavez votre linge à la javel. » A la maison, j’avais ma propre assiette et mon verre, que personne ne touchait. J’avais l’impression d’être sale.»

C’est en 1987 que le destin de Christian Pirès bascule. L’année où il apprend sa séropositivité. Il a alors 27 ans. Depuis, les obstacles se sont multipliés sur son chemin, mais même s’il est parfois tombé, il s’est toujours relevé. Vêtements bigarrés, un ruban rouge épinglé à son jean, piercé et tatoué, il se souvient avec précision de cette journée qui a bouleversé sa vie. « J’ai refait le test une deuxième fois, puis mon médecin traitant m’a dit : « Vous n’avez plus que six ou sept ans à vivre .»

La première chose que Christian fait, c’est de l’annoncer à sa grand-mère, « la femme de sa vie. » Sa mère n’a que 16 ans lorsqu’elle le met au monde, c’est alors sa grand-mère qui l’élève. « Elle m’a éduqué, m’a transmis ses valeurs. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, elle m’a serré dans ses bras, elle avait tout compris. »
Toxicomane, c’est en se shootant qu’il attrape le virus du sida. « Quand je l’ai appris, j’ai plongé dans la connerie deux fois plus. Tu sais que t’as pas d’avenir alors t’en profites un maximum. Mon souci, c’est que j’aime les femmes, la drogue et le rock’n’roll », plaisante-t-il.

« J’ai joué et je n’ai pas gagné »
Vingt-deux ans après le début de son combat, peu lui importe qui lui a transmis le virus, même s’il avoue avoir une petite idée. « C’est important d’assumer ses conneries. Quelque part, j’ai joué et je n’ai pas gagné », lance-t-il sans regret. « C’est comme ça.»
A bientôt 50 ans, il met un point d’honneur à ne pas se focaliser sur le passé mais sur l’avenir. Un sourire collé sur son visage fin, c’est sans tabou que Christian revient sur son parcours chaotique. « J’ai failli mourir plus d’une fois, j’ai fait plusieurs comas. En fait je crois que j’ai eu plusieurs vie, mais des belles vies. » Des vies rythmées par le cliquetis d’un appareil photo, par la mine d’un crayon qui caresse une feuille blanche ou par la voix de Patty Smith qui souffle à son oreille. « Même hospitalisé, j’avais ma radio portative et je mettais la musique à fond. C’était ma thérapie et j’emmerdais les autres. »

« Je prenais ma maladie avec dérision »
Un « sale gosse » comme il se qualifie lui-même. « J’ai la connerie et j’assume. Avec la maladie, t’es obligé d’être en décalage. » Aujourd’hui épuisé par les médicaments et son ostéoporose qui le ronge, il n’a rien perdu de sa jeunesse et de son tempérament. Il confesse volontiers que c’est la plaisanterie qui l’a maintenu en vie pendant toutes ces années. « Je rigolais tout le temps, je prenais ma maladie avec dérision. » A l’époque, comme aujourd’hui, l’humour est sa bouée de sauvetage.
Mais Christian le sait, c’est aussi l’apparition de la trithérapie en 1996 qui l’a sauvé. « Je me souviens très bien, j’étais à l’hôpital de Béziers. J’ai dit aux gars : prenez ça, ça va nous sauver la vie. »
1996. Une année charnière pour Christian. « Avant les hôpitaux étaient des mouroirs. Les gens partaient dans la souffrance. J’ai en tête des images qui vous marquent à vie. »

Six ou sept médicaments par jour
C’est donc avec soulagement qu’il accueille ce progrès. Au même rythme que la médecine, le rapport qu’entretient Christian avec sa maladie évolue. Aujourd’hui, il ne prend que six ou sept médicaments par jour, loin de la trentaine qu’il ingurgitait à l’époque. Si Christian a changé, c’est aussi à cause de la répétition des événements. « Des copains partent régulièrement, c’est peut-être dur, mais maintenant, je suis habitué. » Du fatalisme ? Non. De la lassitude ? Sûrement. « Je suis en vie mais à quel prix ? Parfois, je me pose la question, est-ce que ça vaut vraiment la peine de continuer ? »
Continuer, c’est pourtant ce que Christian a toujours fait. « Même si j’étais seul, je m’accrochais à un médecin, à une infirmière. » Une formidable envie de vivre. Et pourtant... « Si je devais refaire ma vie, je referais exactement les mêmes choses. J’ai vécu à 200 à l’heure, je me rappelle de supers moments. » Aucun regret, sinon un : ne pas avoir d’enfant.
 

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