Né dans le Gers, la patrie de d'Artagnan, c'est au club d'Auch que René Maupeu découvre l'athlétisme et ses plaisirs. De là naît une vraie histoire d'amour avec ses hauts et ses bas. Doué pour la course, il détient le meilleur temps de Midi-Pyrénées du 400m à 20 ans, en 50 sec 30 centièmes. La suite logique pour progresser est d'entrer au bataillon de Joinville, fleuron du sport français, qui formera entre autres les Jazy, Drut et Galfione. Mais un dossier bouclé trop tard, et ce seront 27 mois de service militaire en Algérie, en charge du maintien de l'ordre. Là-bas, "pas question de faire du sport", comme il le dit lui-même. Peut-être une carrière brisée, et le début d'une longue parenthèse dans son idylle sportive.
A son retour en France, il choisit le basket qu'il pratiquera pendant 15 ans, avant d'arrêter la compétition, à l'âge de 37 ans. "Un choc difficile à accepter", confesse-t-il. Mais il ne coupe cependant pas avec l'activité physique puisqu'il continue à faire du vélo et du ski, "pour s'entretenir". Et puis, pour lui, le sport est "une soupape de sécurité". Cadre à la Sécurité sociale, souvent pris dans des négociations avec les syndicats, il choisit "d'exploser sur le terrain plutôt que d'exploser devant les gars". Ce sera également le cas dans tous les moments durs de sa vie.
"Compétiteur dans l'âme", René renoue avec son premier amour, l'athlétisme, par hasard. A 56 ans, un ami lui demande de courir le marathon de New York avec lui. Après seulement un an d'entraînement, il ira au bout des 42 km 195 en 4h40m malgré un lumbago. Dès lors, il n'a plus quitté les pistes d'athlétisme, toujours licencié au club "de son cœur", Auch. Et il ne s'agit pas simplement de se maintenir en forme. Non, lui le compétiteur, est, à 70 ans aujourd'hui, champion de France du semi-marathon dans sa catégorie d'âge, et vice-champion de France du 10 km. Et n'allez pas lui dire que ce sont des titres faciles à remporter. "Ce sont les jeunes qui pensent ça, mais qu'ils y viennent", ironise-t-il, l'œil plein de malice. Il pourrait s'enorgueillir d'une quatrième place au championnats du monde de marathon à Lahti, en Finlande, avec un très bon temps de 3h35m... mais cela ne lui suffit pas. "C'est la plus mauvaise place, précise René. J'ai perdu la médaille à 2 km de l'arrivée, doublé par le Russe. Mais quand il n'y a plus d'essence dans le moteur..."
Le super, c'est pourtant à cela qu'il tourne, lui qui n'hésite pas à transmettre sa passion aux benjamins et minimes du SATUC (Section athlétisme Toulouse université club) deux soirs par semaine. "J'aime être entouré de gamins, c'est comme ça que l'on reste jeune. Je suis toujours resté jeune dans ma tête. S'il y a une connerie à faire avec les jeunes, je la fais." Jamais avare de ses conseils, c'est au saut en hauteur qu'il officie. Connu de tous au club, il a vu quelques jeunes grandir et progresser, et les clins d'œil ne sont pas rares.
20 h. René se dirige vers son vélo pour rentrer chez lui. Une licenciée du club vient alors le saluer et lui demande s'il participe à la compétition du dimanche. "Bien sûr. Mais juste comme ça." La réponse ne tarde pas. "Tu parles, on te connaît..."





