Quels sont les points noirs de Toulouse en matière de sécurité ?Cela fait 10 ans maintenant que je travaille à Toulouse. Dire qu’il n'y a pas de problèmes dans cette ville au niveau de la sécurité serait une contre-vérité.
La tendance qui monte en flèche depuis que je suis entré en poste dans l’administration de Pierre Cohen en 2008, c’est la problématique du bruit dans la ville. Toulouse est une ville culturellement festive. Ajoutez cela au fait qu’elle est la première ville étudiante de France (après Paris). Le problème ne peut se régler en quelques mois.
Quels sont les moyens pour y remédier ?
Ce qu’il faut, c’est trouver une solution globale. La répression n’est qu’un moyen parmi tant d’autres. Je dirai même qu’elle est l’ultime solution à un problème donné. Si nous pouvons l’éviter, nous le ferons. Par le passé, la répression sporadique n’a pas fonctionné. Pour s’attaquer au problème du bruit à Toulouse, nous voulons mettre en place un dispositif de prévention. Pour ce qui est du dialogue engagé avec les patrons de bar, pour le moment le courant passe bien. Beaucoup jouent le jeu.
Je pense qu’il faut faire appel à l’intelligence des gens avant d’envoyer la police. C’est dans cette optique que nous avons mis en place un office de la tranquillité au 3101 depuis le 5 octobre dernier. Un numéro qui permet à toute heure de notifier les problèmes dus aux nuisances urbaines. Les solutions imposées par la force ne fonctionnent pas, au contraire.
Pourtant on a vu des fermetures d’épiceries de nuit ces derniers jours…
Pour ce qui est des épiceries de nuit, c’est une question de justice. On ne peut pas demander à certains de suivre des règles et laisser les autres faire comme bon leur semble. Je tiens à faire passer un message : je suis pour le dialogue. Mais pour ceux qui ne respecteront pas les règles que nous tentons de construire ensemble, nous irons jusqu’au bout. Et jusqu’au bout cela signifie la fermeture administrative.
Quelle est votre position quant à la vidéosurveillance ?
La vidéosurveillance est une réponse facile à un problème compliqué. Cela coûte cher et cela n’impacte en rien sur la prévention ou même sur l’investigation. Même des villes comme Londres, où les cameras ont poussé comme des champignons, les policiers ont du l’avouer : les résultats ne sont pas probants. Le cas français est encore plus cynique. Au moment où l’Etat veut multiplier par trois les caméras, il décide de réduire les effectifs policiers. C’est une aberration. Car pour qu’une caméra fonctionne, il faudrait un agent derrière l’écran de retour et au moins un autre sur le terrain pour agir. Cette politique s’apparente à un piège à imbécile.
Qu’en est-il à Toulouse ?
A Toulouse, nous avons 17 caméras. Nous n’en rajouterons pas. Par contre nous allons initier un débat sur la vidéosurveillance au début de l’année 2010. Nous souhaitons remettre cet outil à sa place. La vidéosurveillance ne doit pas éviter le débat.
Le gouvernement a récemment mis en place les Uteq (Unité Territoriale de Quartier). Pour vous le père de, feue, la police de proximité, est-ce une victoire ?
Ce n’est pas une victoire personnelle. Cependant, je suis content que cette évidence de proximité entre policiers et citoyens soit perçue.
Les Uteq ne ressemblent en rien à la police de proximité que j’avais initiée. Elles ne sont pas équipées pour la proximité. Elles s’apparentent plus à des brigades mobiles. Elles sont coupées de la population. A l’époque, Toulouse était la vitrine, en France, de la police de proximité. Un petit voyou était venu casser cette vitrine. Il était alors ministre de l’Intérieur, c’était Nicolas Sarkozy. La sécurité est d'ailleurs, selon moi, le plus gros échec de Nicolas Sarkozy. Il a été ministre de l’Intérieur et a basé sa campagne présidentielle sur ce thème. On voit aujourd’hui le résultat : il est désastreux.
Quel est votre sentiment sur le débat voulu par Eric Besson sur l’identité nationale ?
Je suis atterré par ce débat. C’est un débat dangereux. Toute cette haine qui se cristallise autour de ces questions : ce sont des feux qui s’allument et que l’on aura beaucoup de mal à éteindre.
Quels sont les projets que vous souhaitez mettre en place à Toulouse en 2010 ?
Pour 2010, mon objectif est de terminer la sectorisation de la police dans les différents quartiers de la ville. Je souhaiterai aussi créer un observatoire des besoins des Toulousains, afin d’orienter au mieux les services ainsi que la politique municipale en matière de sécurité.
C’est un travail de longue haleine. La sécurité se gère globalement, elle ne supporte pas de réponse « bling-bling ». Il faut du temps pour que cela devienne efficace.




