« Tetro. » Le titre du film est sans doute bien plus vendeur que « Francis ». Pourtant, il s’agit bien implicitement d’une autobiographie. Excepté « Conversation Secrète » (1973), Francis Ford Coppola ne s’était jamais mué en scénariste. Avec le poids du temps vient la sagesse et la maturité. Pourtant, à 70 ans, le cinéaste ne nous livre pas un testament mais bel et bien un cadeau : l’élément central de sa vie qui a nourrit sa carrière. Le thème de la rivalité familiale, déjà présent dans la trilogie du « Parrain » et « Rusty James » (1984). C’est bien l’ego surdimensionné de leur père qui pousse Angelo Tetrocini puis son frère cadet Bennie à fuir les Etats-Unis pour l’Argentine. Dans ce pays en pleine mutation économique, les deux frères vont apprendre à se connaître, à se reconnaître et à assumer leur vocation artistique. Bennie est décidé à en savoir plus sur ce père autoproclamé « unique génie de la famille ». Mais Angelo s’appelle désormais Tetro. Il a coupé les ponts avec son passé. C’est le début d’un long jeu de piste. Pour Bennie et le spectateur, il s’agit de percer le secret de la famille Tetrocini/ Coppola.Un film boulversant et déroutant
Tetro signifie sombre en italien. Le mot fait référence au nom et au caractère du personnage principal incarné par le brillantissime Vincent Gallo (« Buffalo 66 », « Arizona Dream »). Mais « Tetro » symbolise surtout l'humilité, la modestie. Des qualités indispensables si on ne veut pas se laisser aveugler pas le succès. « Ne regarde jamais la lumière » rappelle d’ailleurs Tetro à son frère Bennie. Le noir et blanc dominant n’est pas anodin. Il sert à la fois l’esthétisme et la pudeur. Comme dans son précédent film, « l’Homme sans age » (2007), Coppola fait évoluer l’intrigue dans la suggestion et la symbolique. Il confirme donc avoir pris un nouveau virage artistique. Avec l’argent gagné grâce à ses innombrables succès, le réalisateur a décidé de se faire plaisir. Tetro est bouleversant et déroutant. Son meilleur film depuis le troisième volet du Parrain. Dans « l’Homme sans age », le cinéaste s’inquiétait de la fuite du temps. Avec Tetro, il s’est offert une seconde jeunesse.


