Le Ministère des Affaires étrangères à Paris, où se situe le Centre de crise du Quai d'Orsay. (photo/Flickr)
Ces dernières années, les rapts d’Occidentaux sont devenus monnaie courante, qu’ils soient politiques ou crapuleux. En novembre, ce sont quatre humanitaires français qui ont fait les frais de ce commerce morbide. Deux salariés de l’ONG Triangle en Centrafrique et un de la Croix Rouge au Tchad ont été enlevés par « Les Aigles de la libération de l’Afrique ». Et l’enlèvement de l’humanitaire Pierre Camatte au Mali a été revendiqué par Al Qaeda au Magreb.
Pour la Cellule de crise du ministère des Affaires étrangères, experte de ces tractations, si le bilan de rapatriements d’otages reste satisfaisant, personne ne sera laissé pour compte. Créée le 2 juillet 2008, cette cellule de l’ombre regroupe 55 personnes oeuvrant jours et nuits à la protection des ressortissants Français à l’étranger.
Communiquer sur les risques
La Cellule met à disposition un site de conseils qui actualise précisément les zones à risques du monde, les classant vertes, oranges ou rouges en fonction du danger.
« Lorsque certains souhaitent partir sans motif légitime dans une zone dangereuse, nous allons jusqu’à leur écrire, détaille Serge Mostrua, directeur du Centre. Par exemple, en ce moment nous avons conseillé aux résidents du nord Mali de se déplacer vers la capitale. Nous ne rapatrions que quand il n'y a vraiment plus d'autres solutions. »
Mais les recommandations n’empêchent pas quelques insouciants de s’aventurer dans les recoins vivement déconseillées. Cette minorité illustre une nouvelle catégorie d'aficionados du tourisme de guerre, phénomène inquiétant qui s'est intensifié ces dernières années.
Le 22 juillet dernier, Bernard Kouchner a voulu mettre un frein aux escapades imprudentes. Un projet de loi, pour « responsabiliser » les voyageurs faisant fi des mises en gardes du Quai d’Orsay, suggère que ces derniers remboursent tout ou une partie des frais en cas de rapatriement d’une zone à risque à la France. Les tours opérateurs vantant ce genre de périple pourront eux être sanctionnés. Serge Mostrua insiste : « Notre but n'est pas d'empêcher les voyages, mais que les gens prennent conscience du risque. » Le ministère distingue les « risques inconsidérés » des « risques calculés ». Les travailleurs, comme les humanitaires ou journalistes « voyageant avec un but légitime », ne seront pas concernés.
Le Ministère mise beaucoup sur cette loi qui « a malheureusement pris du retard », mais passera au Sénat « lors de la prochaine session» garantit Serge Mostrua. Et concernant les rançons des travailleurs, le Quai d'Orsay assure que « jamais l’Etat ne négocie de rançon, les ravisseurs s’adressent systématiquement aux employés, ce sont eux qui gèrent »… Et le directeur de rassurer : « Généralement, ça finit bien pour les otages ».
En veille
La cellule connaît un « succès certain » depuis son ouverture, assure son directeur. La gestion des prises d'otages n'est qu'une part du travail, la cellule couvre les crises diverses dans le monde. Les conflits, les catastrophes humanitaires, les catastrophes naturelles -comme Haïti actuellement. Cette année, les missionnaires de l’urgence ont dû gérer la pandémie H1N1, les troubles en Guinée (septembre) et les deux crashs aériens de l’AF 447 reliant la France au Brésil et du vol IY626 aux Comores. L'été, avec les déplacements à l’étranger des touristes, la cellule sera d'autant plus mobilisée, vigilante sur les « safaris à risques, croisières périlleuses », ironise Serge Mostrua.
La cellule, sur le qui vive, gère aujourd'hui en priorité la catastrophe Haïtienne. Il pourrait y avoir, selon de premières estimations, près de 100 000 morts.
| Si de 2008 à 2009, le nombre de prises d'otages est passé de 59 à 30, le constat n'est pas forcément révélateur. Serge Mostrua nuance : « En 2008, il y avait beaucoup de prises d'otages groupées, comme sur le Ponant. En 2009, ce sont plus de particuliers. »
L'augmentation des rapts est une réalité, avoue à demi-mot le directeur. Les régions où sont centrés les enlèvements en 2009 sont le Vénézuela, Haïti, le Nigéria, le Mali, le Niger, le Cameroun, la Centrafrique, la République Démocratique du Congo, le Tchad, le Soudan, le Pakistan et surtout la Somalie. Depuis juillet 2008, la Cellule a procédé à quatre évacuations au Tchad, en Géorgie, à Bombay et à Bangkok, soit 2500 personnes au total. Il y a eu trois missions de renforts consulaires à Madagascar, en Guinée, au Soudan. Il y a aussi eu neuf opération d'urgence humanitaire : en Birmanie, en Chine, à Haïti, à Gaza, au Zimbabwe, au Sénégal. |






L'évacuation du Tchad a eu lieu en février 2008, c'est à dire avant la création du Centre de Crise.