Quelques membres du réseau Homodonneur se sont introduis dans les locaux de la mairie pour dénoncer l'arrêté qui exclut les homosexuels du don de sang.
Dans la salle du buffet, réactions mitigées. Certains bénévoles du Rotary Club manifestent leur mécontentement en soupirant « Oui oui c’est ça, allez-y ! ». Des personnes continuent à manger comme si de rien n’était. D’autres écoutent attentivement le court message transmis par Frédéric. Au bout de cinq minutes, on entend quelques timides crépitements d’applaudissements, tandis qu’une bénévole de l’association Laurette Fugain lance : « Je vous soutiens à 100%. Vous êtes comme nous tous, je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas donner votre sang. »
Agir pour les malades
Depuis le 1er janvier, Fred Pecharman jeûne pour sensibiliser l’opinion et inciter à la réflexion. « Je ne crie pas à la discrimination, explique le militant, affaibli par de nombreux jours de privation. Nous agissons pour les malades qui ont besoin d’être transfusés avant tout. » Il ne nie pas que la population gay présente un taux de contamination par le virus du SIDA plus élevé. « Mais le don de sang est un acte humaniste. Je doute qu’un homo qui mène une vie de débauche puisse entamer une telle démarche. Il ne faut pas généraliser, quand je viens me présenter pour donner mon sang, je suis un individu, pas une population ! »
Protéger les malades
Cette interdiction repose sur l’arrêté du ministère de la santé pris en 2008. Chaque année, les critères de sélection des donneurs sont révisés en se basant sur les rapports épidémiologiques des experts comme ceux de l’Institut national de veille sanitaire. Mohamed El Rakaawi est le médecin responsable régional des prélèvements de l’Etablissement français du sang. Pour lui, « il ne s’agit aucunement d’une discrimination. D’ailleurs, les femmes homosexuelles peuvent être donneuses. Les statistiques démontrent qu’il y a 100 fois plus de chances qu’un homosexuel soit porteur du VIH qu’un hétérosexuel. Nous devons appliquer le principe de précaution pour protéger les malades. »
Faire évoluer les mentalités
Fabienne, 37 ans, souffre d’une maladie orpheline depuis sa naissance provoquant une anémie chronique. Pour vivre, elle a besoin de recevoir plusieurs poches de sang chaque mois. «Je ressens toujours une grande angoisse au moment où du sang extérieur pénètre dans mes veines. Mais si je savais qu’il provenait d’un donneur homosexuel, ça ne me poserait absolument aucun problème. Le sang est de toute façon systématiquement analysé avant d’être donné. Cette interdiction est une discrimination qui encourage les préjugés. Si je disais dans mon entourage que j’allais recevoir du sang d’un homo, surtout chez les plus âgés, ce serait très mal perçu. Il est malheureusement difficile de faire changer les mentalités. »
C’est pourtant dans ce combat que se lance Fred Pecharman et les 1500 membres du réseau Homodonneur, « parce que c’est une absurdité qu’on laisse mourir des malades, notamment des personnes âgées, par manque de sang. »




