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"Alo Presidente" en version française, une défaite de plus pour la démocratie

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La dernière intervention élyséenne court-circuite les journalistes. Ce ne serait pas si grave si cette émission ne jouait le refrain de la proximité, dangereux pour la démocratie.

sarkoshow
Nicolas Sarkozy, lundi soir, sur le plateau de TF1.           (Photo D. R.)
Souvenez-vous… Nombreux sont les journaux à avoir dénoncé, avec raison, les terribles abus de pouvoirs d’Hugo Chavez. Lundi soir, c’était pourtant un peu "Alo presidente" en version française. A l’image de l’émission de son homologue de la république bolivarienne du Venezuela, Nicolas Sarkozy a pu, en direct, apporter des réponses à onze Français. D’ailleurs, l’émission s’appelait Paroles de Français.

Paroles de "vrais Français"
Paroles de vrais Français pouvait-on croire en voyant Jean Pierre-Pernault aux manettes du nouveau SarkoShow. Après tout, l’essentiel de l’œuvre cathodique de Pernault fut de montrer que les Français, les vrais, étaient ceux du monde-rural-où-l’on-sculte-les-sabots-à-l’opinel-en-buvant-du-bon-vin. Le terroir, seule vérité de ce bas monde. L’élite, les intellectuels, les journalistes, ce n’est pas la vraie France. Les représentants du grand patronat, absents du plateau, non plus. Même le président de la République n’est pas un vrai Français. Donc, à 20h30, c’est logique, on donne la parole aux Français, même si dans les chaumières on a plus entendu celle de Sarkozy. Arrêtons de faire le procès par contumace du journaliste qui a fait plus de mal à l’intelligence collective qu’un troupeau de militants frontistes : pour tout futur journaliste avide de travailler, cette nouvelle émission avait un autre intérêt.

Vers la disparition des journalistes ?
Alors que fleurissent les blogs, au moment où se multiplient les sites d’informations participatifs et que les messages Twitter de manifestants sont les seuls à informer sur la situation en Iran, cette émission pose une nouvelle fois la question suivante : peut-on se passer des journalistes ? Et peut on faire sans eux pour interroger le président de la République ? Oui, et l’émission l’a démontré.

Même notre JPP national semblait sur la touche. L’animateur Sarko le coupait à maintes reprises pour écouter la parole des Français. Quant aux questions du fameux panel, elles furent claires, orientées et souvent même plus directes que celles d’un journaliste professionnel. Pierre, le syndicaliste, a osé rétorquer « non, ça n'a pas servi l'emploi, sinon ça se saurait » quand le président indiquait que « le plan de soutien à l'automobile a protégé l'emploi ». Il a même coupé le président pour juger ses réponses « trop faciles ». D’une certaine manière, le manque de courage de certains journalistes a été révélé par la réactivité des non-journalistes. Des journalistes professionnels qui devraient parler aussi directement que Nathalie, la diplomée sans emploi, ou avec l’accent de Sophie, agricultrice tarn-et-garonnaise.

L’indépendante Télévision française numéro 1 (TF1) avait donc eu raison d’annoncer par communiqué que la spontanéité des interrogateurs n’allait pas être galvaudée et que les questions n’avaient pas été communiquées à Nicolas Sarkozy. Mais les réponses, elles, semblaient tout de même bien préparées. Nicolas Sarkozy savait manifestement qu’il aurait en face de lui un syndicaliste de Renault, une productrice laitière ou un membre de la fonction publique. Chiffres parfaitement maîtrisés, ils pouvaient lancer telle ou telle mesure ou quelques millions d’euros à la figure de chaque secteur représenté. Car les onze citoyens modèles avaient été savamment sélectionnés pour représenter un secteur de la société.

Un mauvais coup pour la démocratie
Il n’y avait pas de journaliste, mais il y avait un jeune, un prof, un chef d’entreprise, un auto-entrepreneur, un pauvre habitant la banlieue. Les journalistes disparaissent comme les corps intermédiaires. Et cette vision corporatiste de la société, loin d’être démocratique, peut être dangereuse. Un habitant de banlieue est le mieux à même de parler de la banlieue, l’agriculture est le domaine réservé des agriculteurs, l’éducation abandonnée aux profs, etc. Mais pourquoi un ouvrier de Renault ne pourrait-il pas parler de la taxe carbone ? Pourquoi l’agricultrice ne devrait-elle pas s’interroger sur ce qui se passe dans les banlieues ?

Autres effets pervers, toutes les paroles se valent dans cette émission. Les problèmes d’un agriculteur prennent la même importance que les difficultés d’un chef d’entreprise ou d’un jeune en difficulté. En ayant à répondre aux problématiques de chacun, Nicolas Sarkozy laisse penser que l'Etat doit satisfaire tout le monde, répondre aux difficultés rencontrées par n’importe quel secteur de la société. Or, garantir l’intérêt général n’est-il pas justement de trancher entre des intérêts particuliers ? N’est-ce pas faire primer une problématique sur une autre ?

Qui plus est, en devant répondre aux tracas de chacun, Nicolas Sarkozy n’était pas invité à présenter de grandes orientations pour le futur. Pour rassurer, il faut du concret, et mieux vaut détailler les mesures déjà prises.

Un Président de café du commerce
Autre petit caillou dans la chaussure usée de la démocratie française : la place occupée par le Président. Recherche de proximité oblige, il était assis au même niveau et sur la même chaise que les « vrais gens ». Le tout dans un décor de café de commerce cher à Jean-Pierre Pernault, le seul à rester debout. Cela apprend au moins à ne pas être impressionné par les puissants diraient les plus révoltés. « Je ne pourrai pas être président », se permet même Sophie, nullement génée par le chef d’Etat, assis à la table d’à côté. En plus d’autoriser certains à lancer « casse toi pauvre con » au président de la République, cette proximité a l'effet pervers d’endormir les masses. Pourquoi s’organiser collectivement quand on peut individuellement interpeler la tête de l’exécutif ? Les vrais Français n’ont pas à se faire entendre puisqu’ils ont été écoutés par le chef de l’Etat.

Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs rien proposé. Qu’importe, il était là pour écouter la parole des Français et pour les rassurer. C’était finalement le seul but de cette soirée.


 
Commentaires (5)
Fredo
5 Jeudi, 22 Juillet 2010 09:55
A la différence de Mr Sarkozy, Hugo Chavez, certes d'une façon qui choque ici en Europe, explique en détail les mesures prises par le gouvernement,
bien qu'il y est un arrière goût populiste déplaisant pour certains et je peux le comprendre, il s'agit là d'éducation populaire..
Donc malgré toutes les critiques que l'on puisse faire à cette émission: Vive Alo Presidente! les décennies précédentes nous n'étions au courant de rien au Venezuela!

Hugo C.
4 Mardi, 09 Mars 2010 06:28
"Nombreux sont les journaux à avoir dénoncé, AVEC RAISON, les TERRIBLES abus de pouvoirs d’Hugo Chavez."

Mais de quoi est-ce que vous parlez ?
À quels "terribles abus" faites vous donc référence ?
À moins que ce ne soit qu'une "reprise" de l'idéologie "main stream" qui consiste à diaboliser Chavez....
"Cheap shot" disent les nord américains... Really Cheap !

Dommage, ca donne un mauvais départ à un article dont le sujet est très intéressant.
Diabolisez Sarko "avec raison", allez-y faites vous plaisir car la matière ne manque pas.
Pour ce qui est de Chavez, peut être faudra t-il vous pencher un peu plus sur le sujet afin de vous faire votre propre opinion.

A bon entendeur,

Salut !

Hervé Choumeix
3 Samedi, 30 Janvier 2010 18:18
Excellente réflexion sur le journalisme et le court-circuitage permanent des relais d'opinion que sont les journalistes. La ligne directe avec " les vrais Français"permet toutes les manipulations et la causerie du président était plus la parole d'un père face à des enfants. Sûr que face à des journalistes, les questions auraient été tout autres et les réponses aurait du être un peu plus pertinentes que la simple empathie : je vous ai compris. Il a une cinquantaine d'années la même phrase avait montré toutes ses faiblesses dans la résolution du problème mais aussi la roublardise de son auteur qui se tirait à moindre mal d'une situation il est vrai délicate..
Les journalistes sont indispensables au système démocratique. Notre bien aimé président l'a très bien compris. Il n'organise aucune conférence de presse et embauche des journalistes pour peaufiner sa communication. Il garni les salles de ses meetings (pourquoi as) mais aussi de ses déplacements officiels (casting de taille pour l'arrière plan TV)
Au cas ou cela ne suffirait pas il achète le silence des patrons de presse avec des aides à la presse et des campagnes de communication dans les médias en augmentation exponentielle.
Face à un secteur sinistré (chute des lecteurs et de moins en moins de publicité) comment peut on oser résister : le libéralisme n'a que faire de ces "pauv' cons" (comme dirait notre président) de chiens de garde qui ont en plus des prétentions déontologiques.
Si le système n'était pas assez cadenassé ajoutez y les amitiés avec tous les grands patrons de presse qui sont se amis : Dassault, Lagardère, Bouygues... Ils sont aux ordres comme on a pu le voir pour le licenciement du rédacteur en chef de Paris Match qui avait publié les photos de l'ex Madame Sarkozy à New York.
Ne rêvons plus sur ce métier comme dernier rempart contre le totalitarisme. Le sursaut, s'il vient un jour, ne viendra malheureusement plus des quelques journalistes qui osent encore écrire ce qu'ils pensent.
Il viendra de la rue et à ce moment là il y a de fortes chances que les journalistes n'aient pas le beau rôle. La connivence, la lâchete et la faiblesse de certains ont jeté la suspicion sur toute une profession. Les enquêtes le montrent : la confiance dans les medias et dans ceux qui les font est en chute continue.
Et le président len profite pour enfoncer le clou. Lors de sa causerie au coin du tube cathodique, il a rappelé à la pauvre Ferrari que l'on pouvait aussi parler de son salaire alors qu'elle avait du bout des lèvres osé parler de celui de Proglio. Un journaliste, comme Plenel, dans son commentaire qui a suivi la causerie présidentielle, a dit le sien. C'est vrai que lui est journaliste.
"Porter le fer dans la plaie" écrivait Albert Londres en parlant du journalisme. Toujours et plus que jamais d'actualité et ce ne sont pas les plaies qui manquent. Le journalisme ne devrait il pas être considéré comme un sport de combat ?

chaila
2 Mardi, 26 Janvier 2010 12:53
J'ai souvenir que ce bon Nicolas nous a parlé de racaille, mais pendant 39 ans dans une banlieu, j'ai pu constater que la vrai racaille porte l'uniforme et est payé avec l'argent du contribuable. Et bien sur Nicolas 1er nous dissous la CNDS, histoire de pouvoir masqué les bavures, et de les cautionnés sinon il ne l'aurait pas dissoute cette commission. Ha Monsieur Sarkosy vous vous etes bien foutu de la gueule des francais, heureusement que je n'ai pas voté pour vous, je m'en serai jamais remise.

Chaila
1 Mardi, 26 Janvier 2010 12:47
Mascarade comme d'habitude. Personnes pour parler de la dissolution de la CDNS, malgré toutes les bavures policières. Personnes pour parler des 600 000 gardes à vue et ce juste pour une seule année et bien sur en violation de plusieurs principes fondamentaux, et sa vien nous parler d'identité national mdr. Bien sur personne pour parler du gaspillage d'argent commis par l'Elysee et Matignon réunis, mais finalement sa na pas d'importance, sa n'est pas eux qui crèvent de faim et qui meurent dans le froid, malgré les milliers d'appartements apartenant à l'Etat, et qui sont vides ou vendu ou loué alors qu'ils avaient été exproprié pour soit disant utilité publique. Décidement que des larves !!!!! Faut pas pleurer après si le Pays qui fut il y a une époque démocratique et qu'il est aujourd'hui presque royaliste.
Merci M. Sarkosy de me faire regretter d'avoir été stupidement quelqu'un d'honnete durant mes 39 printemps. Si j'avais su, j'aurais rejoint l'administration et je m'en serais mise plein les fouillent !!!!!!

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