Devant un parterre de spectateurs enthousiastes et ébahis, venus en connaisseurs, Jacques Dutronc a effectué son grand retour sur scène dans la ville rose, vendredi dernier, à l’occasion de ce qui sera de son aveu sa dernière grande tournée. Dix sept ans après ses derniers concerts, on imaginait Jacques Dutronc faire son retour avec de nouvelles chansons. Il n'en fut rien. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, l’idole du yé-yé s’est contenté de faire du neuf avec du vieux. Un fait assez rare pour être souligné. Car si, en 1999, Charles Trenet avait effectué ses adieux sans la moindre chanson inédite, il avait néanmoins sorti un album peu de temps auparavant. Même Salvador, Greco et Aznavour ont sorti de nouveaux tubes après leurs 80 ans. Mais là pour Dutronc, rien à défendre.
Style sobre et jeux de lumières basiques, le chanteur n’est pas venu au Zénith pour faire dans la décoration d’intérieur. Peut-être le seul bémol de son concert, et encore. Car le spectacle fut savoureux. Dans une ambiance de cabaret qui a bercé sa jeunesse dans le neuvième arrondissement de la capitale, une danseuse naine toute de rouge vêtue s’est déhanchée à ses côtés durant une bonne partie du concert. Plus surprenant, la venue d’un rappeur, plutôt talentueux, sur « Fais pas ci, fais pas ça », arrangée pour l’occasion. Pour le reste, Dutronc a présenté les plus grands tubes de son répertoire dans un best of quasi exhaustif. Au menu, "L’opportuniste, Gentleman Cambrioleur, L’hymne à l’amour, Et moi et moi et moi, On nous cache tout on nous dit rien, J’aime les filles, les Cactus, Les Playboys, La fille du père Noel", et le mythique succès "Il est cinq heure Paris s’éveille", accompagné d’un agréable air de flûte traversière, laissant poindre un sentiment de nostalgie de ce Paris des trente glorieuses.
Une voix pour l’éternité
Dutronc a 66 ans, et ça se voit. Et même si on le sent fatigué à l’issue d’une prestation qui aura durée près de deux heures, le Corse d’adoption n’a cependant rien perdu de sa voix légendaire. Elle s’est même bonifiée avec le temps et semble s’être inscrite pour l’éternité dans les consciences mélomanes, en jumelle indissociable d’un répertoire parmi les plus beaux et aboutis de la chanson française. Et que dire de la Dutronc touch ? Son attitude sur scène fut conforme aux attentes, avec cette désinvolture qui fait depuis tant d’année son succès. Arrivant sur scène assis dans un fauteuil de cuir et couvert d’un blouson vintage que Renaud n’aurait pas été le dernier à lui envier, le chanteur sur-joue encore et toujours, se transforme en crewner, se mute en artiste engagé voire polémiste, mais finit toujours par être plus sympathique que sarcastique. Au bout du compte, il sort sous une pluie d’applaudissements, et s’en va du Zénith l’esprit tranquille. Ce Dutronc là fait toujours un tabac. Son personnage, aussi intemporel que sa musique, montre que l’ancienne génération fait toujours recette. Et ce ne sont pas les prochaines tournées de Johnny Hallyday, d'Eddy Mitchell, ou la présence très remarquée de Gainsbourg au cinéma qui démentiront ce fait établi.


