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« Le marché a été envahi. Les prix ont chuté. » A la Brigade des Stupéfiants de Toulouse, le constat est sans appel.
« Aujourd'hui, on peut s'acheter un gramme de coke ou d'héro pour 60 euros », explique Marc Durroux, chef d'enquête. En 1997, un gramme de cocaïne coûtait 150 euros. Un gramme d'héroïne, 80 euros. « Depuis 5-6 ans, les pays producteurs de cocaïne comme la Colombie ou la Bolivie se concentrent sur l'Europe. Du coup, l'offre est énorme ».
« L'usage de cocaïne est de moins en moins rare dans la population, on peut s'en procurer facilement », note l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Car si la consommation de cannabis chute, les drogues dites dures sont désormais parmi les plus utilisées utilisées en France. En 2008, 25.000 jeunes âgés de 17 ans ont expérimenté de la « coke ». Un chiffre qui a triplé par rapport à 2001.
Les « Stups » de Toulouse constatent un « retour en force » de l'héroïne après une chute de sa consommation dans les années 1990. Le nombre d'interpellations pour usage d'héro est en hausse. Au niveau national, il a triplé entre 2003 et 2008, année où quelque 7830 personnes ont été interpellées par les forces de l'ordre.
« L'héroïne a toujours été là, tempère Guillaume Sudérie, qui gère le Centre d'Information sur les Drogues Midi-Pyrénées. Elle est simplement plus visible ». Ce retour de l'héroïne s'explique aussi par le détournement de la prise de Subutex, un médicament de substitution devenu une « drogue de rue ». « On peut s'en procurer à 8 euros la gélule, à Esquirol. L'accès facile au Subutex dédramatise le risque de la dépendance à l'héroïne », affirme Guillaume Sudérie.
Longtemps restreintes à un petit cercle d'initiés, ces drogues sortent de leur cadre de consommation traditionnel et touchent de nouvelles populations. Finie, l'époque où la « coke » était réservée à la jeunesse dorée . D'après la Brigade des Stupéfiants, « aujourd'hui, on en trouve même dans les cités, comme Empalot ou le Mirail ». Des quartiers chauds au centre de trafics plus ou moins grands, comme celui que Marc Durroux et son équipe ont fait tomber en janvier. Quinze personnes mises en détention, pas loin d' 1,5 kilos d'héroïne et 500 grammes de cocaïne saisis. Les trafiquants s'approvisionnaient en Espagne. Il suffit en effet de 3h de route pour rejoindre Barcelone, où poudres blanches et brunes s'achètent à 30 euros le gramme.
« De plus en plus l'individu lambda »
« Beaucoup de commerciaux prennent de la coke pour lutter contre la fatigue, constate Isabelle Sancerni, addictologue attachée au CHU de Toulouse. Ici, on voit pas mal de salariés d'Airbus. On voit même des patrons d'entreprise. Ils en prennent pour lutter contre le stress ».
« Stups » comme professionnels de la santé font état de consommateurs si différents qu'il serait devenu impossible de dresser un profil-type. Au Service Régional de Police Judiciaire (SRPJ), les policiers parlent de camionneurs, de gens de la rue, d'étudiants, de jeunes. « C'est de plus en plus l'individu lambda. C'est une drogue festive, mais qui est aussi utilisée pour tenir les cadences du boulot », explique Guillaume Sudérie. « Les fêtards sniffent de la coke parce qu'ils en ont une image positive. Ils ne la considèrent pas comme dangereuse ».
Les nouveaux usagers de drogues « dures » sont jeunes, entre 20 et 35 ans. Ils rejettent l'injection, liée à la figure du junkie et préfèrent sniffer ou fumer. Pensant ainsi réduire les risques. Au centre de soins Addictions Accueil Thérapeutique (AAT), l'éducatrice Anne-Marie Pons constate une augmentation des demandes de prise en charge : « ce sont souvent des jeunes qui consomment de tout ». « Il faut partir du principe qu'un usager de drogue est un polyconsommateur, avertit-elle. Maintenant, un jeune peut fumer un peu de shit, prendre un peu de coke et boire de l'alcool dans la même soirée. »
Mais attention à ne pas dramatiser. Le raz de marée redouté est à relativiser. « Il faut se méfier des chiffres, car la consommation est aléatoire », note le capitaine Marc Durroux. « Certes, on ne peut pas nier que le phénomène augmente. Mais il ne concerne que 2% de la population », insiste Guillaume Sudérie. « Pour 11 consommateurs de cannabis, vous n'en trouvez qu'un de cocaïne. Et puis, tout le monde ne peut pas se payer un gramme de coke ou d'héro à 60 euros. Le vrai problème, c'est l'alcool, qui concerne 10% de la population ».




