Progreso Marin a publié "Dolores, une vie pour la liberté". (Ph. Laetitia Soula)
Mais Dolores ne baissait pas la tête. Jamais. Fierté ibère mêlée à l’orgueil des petites gens. Une révoltée au sens noble.
Ses convictions l’ont embarquée dans le tumulte de l’histoire. Membre d’un syndicat anarchiste, Dolores a dû fuir la répression franquiste. Arrivée en France, elle a connu la rudesse des ‘‘camps d’hébergement’’ où étaient placés les réfugiés. Avec une volonté inébranlable, elle a surmonté les innombrables difficultés de sa condition d’exilée pour refaire sa vie à Toulouse.
« Je suis viscéralement en colère face au débat sur l'identité nationale.»
Progreso Marin a hérité de sa mère une histoire dont il se considère le garant.
Raconter pour ne pas oublier, « pour empêcher, quelque temps, l’herbe de l’oubli».
Dolores lui a aussi légué ses idées humanistes, sa révolte contre les injustices.
C’est au travers de ce prisme et de sa propre expérience que Progreso Marin juge le débat sur l’identité nationale.
Et il ne tourne pas autour du pot : « Je suis viscéralement en colère face à ce débat.» Selon lui, le débat sur l’identité nationale a été pensé dans un seul but : « ratisser large. » Il s’explique : « Il s’agit d’un débat électoral pour prendre des voix aux Front National [en vue des élections régionales]. » Pour Progreso Marin, le débat sur l’identité nationale est un sujet « extrêmement dangereux et nauséabond » qui renferme une question subliminale: « êtes-vous Français ou non ? » L’écrivain est clair. Le gouvernement a mal orienté le débat : « On s’est focalisé sur l’immigration. Ce débat aurait été plus sain s’il avait été centré sur la nation française. Mais ce n’est pas aux politiques de poser cette question. C’est le rôle des philosophes et des historiens de réfléchir sur cette idée.»
« Dans la douceur du soir, un témoin se transmet… »
Bien que ce terme le rende mal à l’aise, Progreso Marin est selon l’usage un « Français de la deuxième génération ». Mais qu’aurait pensé Dolores du débat sur l’identité nationale, elle l’immigrée espagnole ? Un premier élément de réponse se trouve dans le livre que lui a consacré son fils, " Dolores, une vie pour la Liberté ".*
La scène se passe le 21 mai 1996 à Toulouse. A 91 ans, Dolores a décidé de manifester contre les lois Pasqua-Debré qui ont durci les conditions d’obtention de papiers d’identité pour les étrangers. Une situation qu’elle a elle-même connue, 50 ans plus tôt. Le chapitre se referme sur ces lignes : « Dans la douceur du soir, un témoin se transmet… » Pour Progreso Marin, cela ne fait aucun doute. Dolores aurait perçu le débat sur l’identité nationale comme quelque chose quelque chose « d’extrêmement nocif ». L’écrivain n’hésite pas à faire le parallèle entre l’histoire de ses parents et la situation actuelle des immigrés sans papiers dans notre pays : « Je pense que si mes parents étaient arrivés en France maintenant, ils auraient été traités comme les Afghans aujourd’hui. »
« L’économie est la clef »
Pour Progreso Marin, l’identité ne se décrète pas: « C’est un partage de valeurs, de cultures.» Elle ne s’oblige pas non plus. « Mais au fond, qu’est ce que ça veut dire ‘‘bien intégré ?’’ », s’énerve ce Français d’origine espagnole. Pour lui, pas d’ambiguïté : « L’économie est la clef ». L’homme de lettres le reconnaît volontiers. Ses parents ont eu la chance d’arriver « au moment où la France avait besoin d’eux. » Il poursuit : « Tout est une question d’économie : la montée du fascisme était une réponse populiste à des questions économiques.»
Etre bien intégré serait donc une affaire de bien-être économique et social : « Quelqu’un qui gagne sa vie décemment peut avoir des aspirations culturelles mais quand on est totalement préoccupé par la question ‘‘comment vais-je nourrir les miens ?’’, cela débouche sur des déviances, » expose l’écrivain. De là découle la nécessité de bouc-émissaires, les immigrés. « Comme si tous les malheurs de la France étaient liés à l’immigration. Le pire, c’est que cela pollue le débat politique», assure Progreso Marin.
Bien loin de toutes considérations nationalistes, « Dolores avait avant tout des revendications sociales », raconte son fils. Avant d’ajouter : « elle était catalane mais elle disait ‘‘je ne suis pas catalaniste !’’ »
Et Progreso ? Sous réserve que la légitimité et la pertinence de cette question soient avérées, comment se définit-il ? Son visage affable se fend d’un large sourire. Une courte pause et il répond simplement : « Je suis fier de porter le nom de Progreso et d’avoir été prof de français… »
*"Dolores, une vie pour la liberté". Editions Loubatières, 20€






Salut Progreso ! La grande tromperie de nos sociétés, c'est de vouloir étiqueter, classer, ranger, formater.... pour mieux exploiter, par idéologies interposées, ce qui devrait n'être que nos frères humains. Pour avoir un nom, une certaine chevelure, le port d'un habit, une certaine attitude...le moindre voisin devient suspect. Ce qui est travaillé sur le fond, c'est la peur de l'autre, et l'Histoire ne nous apprend que de trop, vers quoi cette peur peut déboucher. Cette France qui s'auto-glorifie des droits de l'Homme, foule allègrement aux pieds ce qu'elle proclame. D'ailleurs rien d'étonnant à celà, car plus un principe, plus une valeur est érigée en formule incantatoire, plus elle reflète le naufrage de ce qu'elle proclame. Pour moi, l'étiquette ne fera jamais le fromage ! et la grande avancée possible de nos sociétés sera justement de se désintensifier de toutes ces étiquettes endossées, volontairement ou non.
Amitiés. Laterre.