Depuis un mois, ils se réunissent régulièrement pour discuter de leur projet de relogement. (Photo S.W.)
« On veut aller de l’avant », assure Carl, 29 ans. La voix est posée, les gestes sont calmes. Le jeune homme habite ici depuis seulement trois mois. C’est lui qui a lancé la « nouvelle dynamique », comme il le dit, il y a un mois en appelant l’association d’aide aux sans-abri, Les Enfants de Don Quichotte. Ensemble, ils ont écrit à la municipalité de Toulouse, qui leur a accordé un entretien vendredi 5 février, après trois semaines d’attente et une manifestation. Ils sont une dizaine à s’unir pour trouver une solution de relogement. Et ça marche : la mairie envisage de racheter le lieu à la propriétaire afin de débuter des travaux de rénovation.
« On a compris que la mairie est prête à faire des choses », confirme Louis des Enfants de Don Quichotte.
Dans l’hypothèse d’un rachat, les occupants du lieu seraient expulsés. Ils espèrent donc s’entendre sur l’utilisation d’appartements inoccupés. Selon l'association Droit au Logement (DAL) il y en aurait 22.000 à Toulouse, dont 2.000 appartiendraient à la commune.
Dans l’immédiat, la mairie a assuré qu’elle réglerait les problèmes de sécurité les plus urgents.
La rue, « ça abat, ça consume »
Béni est un ancien SDF. Casquette à rayure, regard confiant et attentif, il est venu discuter cet après-midi avec les habitants de la place qui jouxte l’Université du Capitole. L’homme a été relogé l’année dernière, après une longue médiation avec la mairie, dans le quartier du Raisin, près de Tournefeuille. Il souligne : « Quand t’as une maison, c’est plus facile de se lever le matin, de faire ses démarches, remplir ses papiers pour le DALO, le RSA, le RMI… » Hugo, un peu en retrait, réagit : «Quand t'as pas de boulot, t'as pas d'appart'. Quand t'as pas d'appart', t'as pas de boulot. C'est le cercle vicieux!»
Sur les murs, les graffitis côtoient les affichent de pin-up. Deux canapés défoncés, un micro-onde, trois tables, quelques chaises. L’équipement de la chambre est rudimentaire. L’hygiène aussi. « Il y en a qui en ont marre, qui n’y croient plus. Il faut les comprendre, c’est pas facile la rue. Ca abat, ça consume », défend Carl.
Aucune date n’a encore été avancée : « Il faut rester lucide. C’est loin d’être fait », soupire-t-il. Jando insiste : « On vit dans une incertitude totale pour l’instant ! » Mais le porte-parole du squat tempère : « La mairie verra selon notre cohésion si on est prêt à vivre ensemble. Ils veulent savoir à qui ils ont affaire, c’est normal. »
Ce sont des membres de l’Equipe Sociale Mobile qui évalueront dans les semaines à venir leur motivation et leur aptitude à cohabiter, lors de réunions collectives.




