L'institut Vajra Yogini, près de Lavaur. (Photo G.C.)
Un étrange châtelain
C'est un Français converti au bouddhisme qui, en 1978, a fait don à l'institut de l'ancien domaine du comte de Toulouse-Lautrec, cousin du célèbre peintre. Il est 17 heures. Le vent siffle contre la pierre et éparpille les feuilles mortes. François, le directeur de l'institut, apparaît au pied de l'imposant escalier de marbre. Il a les cheveux longs et porte un pull décontracté.
En passant devant la grande porte, il désigne quatre cylindres alignés sur une table. "Ce sont des moulins à prières, explique-t-il d'une voix douce. Ils contiennent des mantras du bouddha de la compassion. On les fait tourner tous les jours, afin que les prières soient portées par le vent."
François n’est pas moine, mais l’a peut-être été "dans une vie antérieure". Le bouddhisme, il l'a découvert lors d'un voyage en Asie. Ses yeux brillent quand il évoque le Dalaï-lama, venu visiter l'institut à deux reprises. "La dernière fois, 2500 personnes ont assisté à l'évènement. Les journaux en ont parlé, cela a contribué à nous faire accepter des gens du coin."
Quand Jésus rencontre Bouddha
A En-Clausade, les religions cohabitent sans s'affronter. L'ancienne chapelle du château est toujours entretenue "en signe de tolérance". Les murs sont recouverts d'images du Christ. "Il arrive que des chrétiens viennent découvrir nos méthodes de méditation, qui sont tout à fait compatibles avec leur croyance."
Le but de cette pratique est de s'identifier à un "avatar" représentant la qualité que l'on veut atteindre. Que ce soit la Vierge ou Vajra Yogini, déesse de la sagesse. En contrepartie, les visiteurs doivent respecter certaines règles : ne pas mentir, ne pas voler, ne pas tuer d'animaux. "Ici, tous les repas sont végétariens" précise notre guide.
La communauté compte une vingtaine de personnes, dont une dizaine de laïcs bénévoles et quatre enseignants religieux. Pourtant, le château semble désert. "Demain, nous entamons une retraite avec des gens de l'extérieur. En attendant, il n’y a personne."
Ces retraites spirituelles sont une des principales activités de l'institut. Ceux qui le désirent peuvent en outre s'initier au bouddhisme ou suivre des séminaires sur "l'art du bonheur". Sans aller jusqu'à coucher sur une paillasse monacale. Le château dispose de vingt chambres coquettes décorées de lambris et de rideaux à fleurs. Sur les murs, des Bouddha en poster suivent le visiteur d'un regard bienveillant.
Un trésor... pour l'esprit
Les conférences ont lieu au rez-de-chaussée, dans le temple. Prière de se déchausser avant d'entrer dans la grande salle, ornée de boiseries et de statues dorées. L'air sent l'encens et le bois ciré. C'est ici, dans une armoire vitrée, qu'est conservé le trésor du château : les enseignements du Bouddha. Ces manuscrits sont si précieux que leur seule présence fait du lieu un sanctuaire. Comme l'exige la coutume indienne, on y dépose en guise d'offrande de simples bols d'eau.
Que dirait le fantôme du comte de Toulouse-Lautrec en voyant la sérénité qui a remplacé l'effervescence de ses parties de chasse? Peut-être penserait-il que si, comme le dit le Dalai-lama, "l'apaisement se trouve en chacun de nous", il réside aussi dans l'étrange château de Bouddha.





