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Didier Carette, planches acides

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Directeur du Théâtre Sorano et metteur en scène, Didier Carette observe et critique notre époque à travers des pièces acerbes et colorées. Portrait d’un espiègle.

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(photo: A.M)
Bienvenue au Sorano. Une façade de temple antique. Des murs rouges pétants et recouverts de paillettes. L'odeur du café flotte au milieu de jeunes artistes qui bavardent au bar. L’accueil ressemble davantage à un bistrot qu’à un banal guichet de centre culturel. Silhouette massive, petite barbe, cheveux ras, Didier Carette frôle la soixantaine. Le directeur de l’établissement évolue dans la salle tel un poisson dans l’eau, discute avec une salariée du théâtre ou plaisante avec un technicien. La voix est grave, éprouvée par des années sur les planches et une quantité de cigarettes grillées.

Ce pied-noir d’origine a pris la tête du Sorano en 2003 après avoir officié au théâtre du Pavé et à la structure alternative La Baraca. Dans ses bagages, la compagnie Ex Abrupto et ses fameux banquets littéraires pour investir cet ancien amphi de médecine retapé en théâtre en 1964.

La rencontre se déroule dans le hall, fréquemment traversé par ses collègues. Il jette un coup d’oeil aux alentours : « c’est ici même que j’ai vécu ma première expérience théâtrale ». En 1966, l’adolescent se rend à une représentation et assiste au départ de l’acteur principal à la fin de la pièce. «Lui qui avait ébloui le public. Il est parti seul sous la pluie dans son imper minable, au milieu des vraies gens. » Le gosse, qui voyait le milieu du spectacle comme un monde à part, a une révélation. Ce sera la scène ou rien.
Sa carrière se lance, les expériences se multiplient. Une vie sur les planches, c’est une foule de découvertes et de rencontres. Dont celle de Jean Bousquet, acteur phare de la scène régionale. « Peu importait la pièce, qu’il s’agisse d’un drame, d’une lecture, les Toulousains s’en foutaient, ils voulaient voir Bousquet. C’était la star », confie Didier Carette à propos de cette figure locale avec qui il collabore dans les années soixante-dix.

Tragi-comique « comme la vie »
Les mises en scène s’enchaînent avec un goût prononcé pour les œuvres russes et espagnoles. Celui qui a dirigé « La Cerisaie » de Tchekhov et « le Maître et Marguerite » de Boulgakov aime le mélange du tragique et de la comédie. « En France la tendance a souvent été de séparer le drame du comique, pourtant la vie est ainsi ». Le regard perdu, il évoque son frère Bruno, le Misou Misou des Nuls, période « Canal + Historique », disparu dans la fleur de l’âge à la fin des années quatre-vingt. « On avait un rapport au monde semblable mais des parcours différents, il était plein de vie et d’humour, il pouvait tout tourner en dérision.» Et d’ajouter, souriant: « je suis plus grave et triste ».

La dérision, Didier connaît pourtant. Son dernier larcin ? Le procès de Kafka revisité en cabaret rock par sa compagnie. Les critiques sont partagées, mais on ne reste pas indifférent face à ce festival de couleurs et de musique où des acteurs travestis chantent avec allégresse des tubes de variétés entre deux tirades.

« L’ère du coup de sifflet »
L’excentricité, Didier aime ça. Il admire et a mis en scène Copi : l’Argentin déjanté, personnalité homosexuelle et figure du théâtre contemporain foudroyé par le sida en 1987. « Il faut passer par la provocation, c’est notre rôle d’agiter les consciences, de brutaliser le spectateur », déclare l’homme qui se définit plutôt comme « anarchiste individualiste ».

Les bonnes consciences et le conformisme l’ennuient profondément. La "pensée dominante", très peu pour lui. « C’est l’ère du coup de sifflet, on pleure sur le Darfour et on s’en désintéresse, on se fout d'Haïti puis on dégouline de condescendance lorsqu’un séisme balaye des milliers de vies ».

Fanatique de Céline « et de tout Céline ! », l’hôte de lieux aime provoquer et se sentir à l’écart du troupeau pour mieux observer ses congénères avec ironie. Didier Carette ne joue pas les faux modestes et s’amuse à se comparer à Juvénal, ce philosophe romain témoin de la décadence de l’Empire. Et de conclure avec sa devise préférée « si omnes, ego non ». Si tous, moi non.

Théâtre Sorano, 35, allées Jules Guesde 31000 Toulouse
www.theatresorano.com


 

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