En décembre dernier, deux journalistes de France 3 étaient enlevés en Afghanistan. Des rassemblements de soutien ont été organisés hier dans plusieurs villes de France. A Toulouse, leurs confrères de France 3 Sud se sont réunis devant la préfecture.
Les salariés de France 3 ont pris sur leur temps libre pour manifester leur soutien à leurs deux collègues enlevés en Afghanistan. (Photo Marc Pédeau)
Discrétion
Le 29 décembre dernier, Hervé et Stéphane ont été enlevés alors qu’ils réalisaient un reportage pour l’émission ‘‘Pièces à conviction’’. Acte crapuleux ou rapt à visée idéologique organisé par les talibans ? Le flou persiste autour de cet enlèvement. Quoiqu’il en soit, France 3 et le ministère des affaires étrangères ont décidé de ne pas communiquer l’identité des deux journalistes pour les protéger. Seuls leurs prénoms ont été révélés à l’occasion de la mobilisation d’hier après-midi. En Afghanistan comme dans les autres pays où les enlèvements sont fréquents, une logique aussi cynique que révulsante prévaut : plus une ‘‘prise’’ est connue, plus elle prend de la valeur et plus les négociations pour sa libération s’avèrent délicates.
Mais cette discrétion autour de l’enlèvement des deux journalistes relève aussi d’une intention beaucoup plus humaine: il s'agit aussi de protéger les familles des deux journalistes du tumulte médiatique.
Propos scandaleux
Reporter à France 3 Sud, Eric Coorevits connaît bien Hervé. Lui aussi est allé en Afghanistan. C’était en 2002 : « J’ai été blessé dans un attentat et le premier à venir me voir à l’hôpital était Hervé. » Naturellement, le caméraman a été « choqué » par la déclaration de Nicolas Sarkozy en janvier dernier. Le chef de l’Etat avait taxé d’inconscience les deux journalistes enlevés : « C’est d’autant plus injuste qu’Hervé n’est pas un va-t-en-guerre ni une tête brûlée, » insiste Eric Coorevits. Hervé et son collègue Stéphane avaient pris la précaution de porter des costumes locaux et de s’entourer de trois guides afghans.
Hervé et Stéphane ont été enlevés en Afghanistan il y a 70 jours. (Photo MP)
Leurs prénoms figurent également sur les affiches des manifestants : Mohamed, Ghulam, Satar.
Bien qu’elle trouve les propos du président de la République « complètement scandaleux », Karine, rédactrice à France 3 Sud n’en n’est pas étonnée. « Cela est révélateur de la façon dont nous sommes considérés [à la tête de l’Etat], » commente sa collègue Marie. A côté d’elles, un confrère ajoute : « De toute manière, à partir du moment où des gens sont pris en otage, on n’a pas à se demander s’ils sont journalistes ou pas. Ce sont des citoyens français avant tout. »
« Tout faire pour les libérer»
Pour Jean-François Géa, coordinateur de la mobilisation à Toulouse, ces polémiques n’ont pas lieu d’être : il faut sauver Hervé et Stéphane à tout prix. En dehors de toutes considérations politiciennes. Mais le journaliste reste réaliste ; « On sait bien que ce n’est pas notre mouvement qui va les faire libérer. » Le but est ailleurs : « [Nous nous sommes mobilisés] pour que les gens se souviennent que depuis 70 jours deux journalistes sont retenus en otage dans l’indifférence quasi générale. » Jean-François Géa marque une pause. Avant de déclarer : « Il est grand temps qu’il y ait une mobilisation. Pour dire au gouvernement de tout faire pour les libérer.»Boris MAROIS
Marc PEDEAU
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