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Echangisme: un aphrodisiaque comme les autres

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En France, ils seraient entre 3000 et 4000 échangistes réguliers à se retrouver dans des clubs, saunas ou soirées privées. De l’exhibitionniste au voyeuriste en passant par le mélangiste et le côte-côtiste…Tous les libertins ne se ressemblent pas.
Qui sont-ils ? En quoi consistent leurs pratiques ? Enquête.
img_2318En France, des centaines de milliers de personnes pratiqueraient l'échangisme de manière occasionnelle. (Photo Sylvain Rolland)
Sur l’échelle de Scoville qui mesure la force des piments, l’échangisme pourrait bien renvoyer aux vestiaires le Bhut Jolokia, le piment le plus fort du monde. « Piment ». Sexologue, sociologue, écrivain, échangistes, propriétaires de club...Tous ont ce même mot à la bouche quand il s’agit d’expliquer ce que les échangistes recherchent en multipliant les partenaires sexuels dans des lieux privés, aux yeux du public.
Quand certains utilisent le piment pour relever un plat sans saveur, dans l’espoir secret que la rumeur sur ses vertus aphrodisiaques soit vraie, d’aucuns utilisent l’échangisme pour pimenter leurs relations sexuelles. « Les gens cherchent à mettre un peu de piment dans une vie sexuelle routinière », explique le Dr Joseph Abgrall, médecin généraliste et sexologue à Tournefeuille. « Ca peut être une solution ou un leurre, car si un des partenaires souffre d’un déficit sexuel, l’échangisme ne réglera pas le problème. »
Avant d’être cuisiné à la sauce échangiste, mieux vaut savoir à quoi s’attendre. Comme on ne croque pas dans un piment à pleine bouche, le novice qui découvre cet univers a parfois du mal à le digérer. Rare est celui qui passe d’office à la casserole... « Un néophyte commence toujours par du voyeurisme ou de l’exhibitionnisme », explique Thierry Demessence, ancien journaliste et auteur de Libertin(e) aujourd’hui*. « La première fois que je suis entré dans un club, j’étais totalement dépassé », explique Patrick, 35 ans. Ce coiffeur toulousain, qui « ne pratique jamais » est allé « deux, trois fois » dans des clubs avec des amis « juste pour le fun ». « Ca ne m’excite pas du tout ». Une visite en club est en fait une bonne occasion de se rincer l’œil en direct. Au palmarès des Hots d’Or, le meilleur film X ne rivaliserait sans doute pas avec la moindre partie de jambes en l’air, version 3D.

Casting à l’entrée
Un vendredi soir banal au bar échangiste Taboo à Toulouse, rue Gabriel Péri. Musique branchée, lumière bleue et tamisée, spots, mini piste de danse, film porno sur écran plat, avec au fond de la salle le fameux « coin câlin », lieu des ébats.
La plupart des gens qui passent devant cet endroit ne remarquent même pas ce bar aux rideaux tirés. Pour y entrer, il faut montrer patte blanche. Une petite sonnette invite les amateurs à s’annoncer aux propriétaires. Via une caméra, ces derniers vous laissent pénétrer le royaume des voluptés charnelles, seulement si vous en valez le détour. Comprenez jupe ou robe obligatoire pour mesdames et tenue correcte exigée pour messieurs. Jupes de grand-mère s’abstenir : les femmes doivent être sexy.
Sexy, voire provocantes. Beaucoup se courbent sur le comptoir dans des postures plus que suggestives. Alors qu’au même instant, dans l’antichambre du bar, le coin câlin est occupé. Une petite heure plus tard, un couple en sort. Trois amis sont accoudés au bar, dont David, 38 ans. Il salue le couple qui part. Il les avait quittés quelques instants plus tôt après avoir flirté avec eux. Un triolisme: le grand classique de l’échangisme. Mais cette fois-ci, David est resté soft. Il n’est pas allé jusqu’au bout. « Quand je veux vraiment passer à l’action, je vais dans les saunas. »

Problèmes d’hygiène
Avec les bars et les clubs, qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux boîtes de nuit, coins câlins en plus, le sauna est l’autre lieu phare de l’échangisme. « Les saunas sont plus propres, car on fait l’amour en gardant son peignoir. Dans les clubs, les matelas sont souvent dégueulasses », souligne David. Adepte de l’échangisme depuis trois ans, il avoue avoir été choqué au début. Passé de novice à adepte, il fréquente les clubs en moyenne deux fois par mois.
David fait parti de ces hommes seuls qui viennent de plus en plus dans les clubs échangistes. « Pour beaucoup d’hommes, l’échangisme est une alternative moins chère et plus excitante que le recours à des prostituées », interprète l’écrivain Thierry Demessence. Le casting d’entrée est plus sévère que celui réservé aux femmes seules. La gente féminine non-accompagnée est choyée. C’est un oiseau rare, alors pour attirer la chalande, l’entrée des clubs est souvent gratuite pour les dames.

La concurrence du net
Le terme d’« échangiste » s’emploie avant tout pour les couples. Martine et Guy, 50 et 55 ans, pratiquent l’échangisme depuis trente ans. Ils ne font pas parti de ceux qui essaient l’échangisme sur le tard, dans l’espoir de redynamiser une vie sexuelle en perdition.
Pour ces habitués, les clubs ne sont plus ce qu’ils étaient. « Avant, il y a dix ans, il y avait plein de couples. Aujourd’hui, il y a surtout des hommes voyeurs qui ne font rien ou des couples qui ne se mélangent pas. » Guy fait référence au "côté-à-côtisme". Une pratique qui consiste à faire l’amour avec son conjoint habituel à côté des autres, sans se mélanger.
La baisse de fréquentation des clubs s’explique surtout par la prolifération des sites Internet spécialisés en la matière. « Certaines personnes préfèrent pratiquer l’échangisme en privé, chez eux. Ils se réunissent autour d’un bon repas et peuvent boire à moindre frais », souligne André, propriétaire d’un club près de Toulouse. Un échangisme routinier et sans intérêt pour Alain, propriétaire du Bar Taboo : « on est avant tout ici pour s’amuser ensemble. Il n’y a pas de sexe sans fête, et pas de fête sans sexe ! »

Monsieur et madame tout le monde
Guy travaille dans le bâtiment, Martine est secrétaire. Mariés depuis trente ans, ils ont deux enfants. Monsieur et madame tout le monde. « Ce qui est frappant, c’est qu’il n’y a pas de profil type de l’échangiste », explique le Dr Abgrall.
Même son de cloche chez les patrons de club. Contrairement aux idées reçues, l’échangisme n’est pas un vase clos réservé à une élite sociale ou intellectuelle. « Avant de tenir un club d’échangisme, j’étais coiffeur. Quand j’ai débarqué dans le milieu, j’ai retrouvé des anciennes clientes. Des femmes que je prenais pour des saintes nitouches… J’étais choqué ! », se rappelle Alain, propriétaire d’un club près de Toulouse. L’entrée de son établissement s’élève à 40 euros par couple, avec deux consos. Sur la toile, les tarifs oscillent entre 25, 30 et 40 euros. En temps de crise, la facture peut sembler salée. Mais c’est aussi le prix d’une certaine sécurité. Dans les clubs, encore plus que dans les soirées privées, le jeu de l’échangisme est soumis à des règles strictes. Et gare à celui qui les enfreint. « Une fille se fera moins embêter dans mon bar qu’en discothèque », explique Alain du Taboo « Tout passe par le regard », souligne l’écrivain Thierry Demessence. « On regarde le mari, on se fait une petite caresse et on voit si ça passe. » Les refus sont bien acceptés. « Si c’est non, c’est non ! », assure Alain du Taboo « Ici, tout est permis, rien n’est obligatoire ! »
En général, ce sont les hommes qui entraînent leurs femmes dans l’aventure échangiste. Mais tel est pris qui croyait prendre. « Il y a souvent un retournement de situation », explique l’écrivain Thierry Demessence. « Les hommes viennent dans les clubs pour assouvir leur fantasme. Une fois que c’est fait, ils se lassent facilement. Alors que les femmes finissent par y prendre goût. Cela peut provoquer des tensions. » Ne s’improvise pas échangiste qui veut. La confiance entre partenaires prime avant tout. Martine et Guy pratiquent toujours l’échangisme ensemble. Une question de principe. « Parfois, des couples débarquent dans un club et chacun part de son côté. Nous jamais. »
Mais alors, l’amour dans un lit, tout seul, en privé, c’est comment ? « Il y a moins de piments, mais c’est quand même agréable », souligne Guy. Le couple s’adonne plus aux plaisirs de la chair à deux qu’à plusieurs. « Heureusement », coupe Martine. Le mot « amour » ne sera pas prononcé. Peut-être coule-t-il de source.

Une pratique encore taboue
Les échangistes se divisent en deux catégories : ceux qui le cachent et ceux qui le revendiquent. « Notre entourage n’approuverait pas », expliquent Martine et Guy. « Personne n’est au courant. Nos enfants s’en doutent, mais nous n’en avons jamais parlé. » Les patrons de clubs, eux, ne s’en cachent pas. « Je n’ai pas honte de mon métier. Les gens sont au courant. C’est beaucoup moins tabou qu’avant », explique André. Selon un sondage TNS-Sofres réalisé en avril 2009, 11% des hommes auraient déjà eu des relations sexuelles à plusieurs, contre 2% des femmes. Et 2% des hommes auraient déjà fréquenté un club échangiste, contre 0% des femmes…
Pour Thierry Demessence, l’échangisme reste encore un sujet tabou. « La plupart des adeptes n’en parlent pas. Excepté les patrons de clubs qui vivent en permanence dans cet univers. Ils en ont une vision erronée.» Pour publier son livre, l’auteur a rencontré une vingtaine d’échangistes. « Les couples n’ont pas le même discours quand ils sont seuls ou ensemble. Lorsque les femmes parlent d’échangisme sans leur compagnon, elles se confessent vraiment. » Même si elles assument, le poids du secret reste lourd à porter. « Ces femmes culpabilisent un peu. Notre société imprégnée de principes judéo-chrétiens nous inculque une image de la femme en tant que mère, difficilement conciliable avec le monde échangiste. »
Le jour où tous les couples pourront raconter sans pudeur qu’ils se sont rendus la veille dans un club échangiste n’est pas prêt d’arriver. Peut-être encore un peu de retenue dans un monde où la télévision et Internet nous montrent tout, sans détour. Ou peut-être encore trop de préjugés dans une société où ceux qui ne correspondent pas au moule sont souvent mal vus. Chacun choisira sa version. L’échangisme reste un corps à corps comme les autres, dont les adeptes peuvent profiter à une seule condition. Qu’il ne soit pas pratiqué à son corps défendant.

Cécile Frechinos et Hélène Haus.

* Libertin(e) aujourd’hui. Mélangistes, échangistes, bisexuels, qui sont-ils ? de Thierry Demessence, aux éditions De mes sens.

Un jeu à hauts risques

Qui dit multiplication des partenaires sexuels, dit multiplication des risques de contamination aux maladies sexuellement transmissibles. Aussi, les patrons de clubs échangistes ne lésinent pas sur la protection. Tous mettent en libre accès des préservatifs gratuits et à volonté.
Mais pour l’écrivain Thierry Demessence, l’échangisme reste une pratique à risque. « Il faut aimer vivre dangereusement. Avec un préservatif, la pénétration ne pose pas problème, mais les cunnilingus et les fellations sont plus dangereux ». Cet écrivain fait d’ailleurs état d’un regain de créations de clubs, il y a 10/15 ans, « une fois que la peur du sida était passée».


Les principaux clubs échangistes sur Toulouse et sa région

LES SAUNAS :
- Club 72 : 11 rue du Béarnais, 31000 Toulouse.
Tél : 05.61.23.82.12.
Ouvert tous les jours. www.club72.fr

- Les Bains de Saint Aubin : 5 impasse St Aubin, 31000 Toulouse.
Tél : 05.61.62.45.46.
Ouvert tous les jours. www.les-bains.fr

- Le Privé : 43 avenue la gloire, 31500 Toulouse.
Tél : 05.61.20.80.70.
Ouvert tous les jours. www.leprivetoulouse.com

LES CLUBS :
- Club Atrium : 164 route Revel , 31400 Toulouse.
Tél: 05.61.20.00.00.
Ouvert du jeudi au samedi. www.club-atrium.fr

- Le Scandale : 40 rue Emile Heybrard , 31300 Toulouse.
Tél : 05.34.60.13.13.
Ouvert du jeudi au samedi. www.lescandale.fr.net-european.fr

- Le Love : Chemin du Tambourin, 31600 Labastidette.
Tél : 06.13.52.80.81.
Ouvert le vendredi et le samedi. www.club-lelove.com

- Bar Taboo : 28 rue Gabriel Péri, 31000 Toulouse.
Tél : 05.61.47.60.43.
Ouvert tous les jours. www.letaboo.fr


 

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